Homosexualité au Cameroun : « Le chemin vers la dépénalisation est irréversible »

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Après une vague d’attaques contre des organisations internationales des Droits de défense des homosexuels au Cameroun, certaines organisations basées dans ce pays ont sommé lundi les autorités camerounaises de mener des enquêtes afin de punir les coupables. Interrogée par Afrik.com, Alice Knom, avocate camerounaise et fondatrice de l’Association de défense des droits homosexuels au Cameroun, livre son opinion.

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Afrik.com : Quelle est aujourd’hui la situation des homosexuels au Cameroun ?

Alice Knom :
Elle est celle d’homosexuels dans un pays où la répression est sans égale. Dans la Constitution camerounaise, l’Etat s’engage à protéger la vie privée de chacun sans distinction. Mais dans la réalité, ce n’est pas le cas. Les policiers et les gendarmes continueront de les arrêter, parce qu’ils savent qu’ils obtiendront de l’argent. C’est de la corruption. La situation des homosexuels au Cameroun est extrêmement difficile et elle le restera tant que ces derniers continueront de payer de l’argent pour recouvrer leur liberté.

Afrik.com : Pourquoi les organisations internationales de défense des droits des homosexuels basées au Cameroun font-elles l’objet d’attaques violentes ?

Alice Knom :
Parce qu’il y a des messages de haine disséminés dans les églises catholiques. D’autres disent que la tradition africaine ne tolère pas l’homosexualité. Mais la tradition africaine n’est pas au-dessus de la loi ! (ton austère). Ces messages finissent par faire des dégâts. Ceux qui portent ces messages sont des extrémistes et des terroristes. Ils menacent et insultent tous ceux qui défendent la cause homosexuelle. C’est cela le problème.

Afrik.com : Quelle est la responsabilité de l’Etat camerounais dans cette violence à laquelle vous faites face ?

Alice Knom :
L’Etat est un responsable qui ne sait plus quoi faire. Il ne cesse de ratifier les conventions internationales sur la question, mais il ne les respecte pas. Il a failli à sa mission de protéger les citoyens. L’Etat est défaillant et ne joue pas son rôle.

Afrik.com : Macky Sall, Président du Sénégal, a fait savoir à Barack Obama, Président des États-Unis, la semaine dernière, que son pays n’était pas prêt à dépénaliser l’homosexualité. Le Cameroun est-il prêt à le faire ?

Alice Knom :
(Rire). Macky Sall a beaucoup déçu. Il n’a même pas répondu à la question de Barack Obama. Et pourtant, c’est sûr que beaucoup d’homosexuels ont voté pour lui lors des dernières élections présidentielles au Sénégal. Vous savez, la question n’est pas de savoir si on doit légaliser l’homosexualité ou pas. L’Hétérosexualité n’a jamais été légalisée. La question est de respecter la vie privée des gens.

Afrik.com : De nombreux pays occidentaux, dont la France, ont commencé à légaliser l’homosexualité ces dernières années, pensez-vous que l’Afrique va suivre aussi cette nouvelle tendance ?

Alice Knom :
Le monde marche vers l’avant. Même dans les pays européens, l’homosexualité n’était pas légalisée au début. En France, elle n’a été légalisée qu’en 1981, sous François Mitterrand. Pourtant, elle ne l’était pas avant. Les Africains n’ont fait que copier le code civil napoléonien qui l’avait interdit. Mais ils doivent savoir que le chemin vers la dépénalisation est irréversible. Je suis optimiste quant à la dépénalisation de l’homosexualité dans tous les pays africains.