Hollande sollicité pour chasser Biya du pouvoir

Une partie de l’opposition camerounaise promet d’envoyer une délégation à Paris à la rencontre de François Hollande. Une autre, opposée, y voit plutôt une stratégie contre productive pour chasser Biya du pouvoir et pense que seule la mobilisation des camerounais reste l’arme fatale.

De notre correspondant

L’élection de François Hollande à la présidence de la République française n’est plus un motif de fierté pour le seul peuple français. De nombreux camerounais, dont des hommes politiques, y voient une arme redoutable pour chasser Paul Biya au pouvoir depuis trente ans. « Hollande est un socialiste et plus proche des aspirations du peuple à la différence de la droite qui est trop libérale et qui ne se cache pas pour préserver les intérêts capitalistes au détriment du reste », analyse sous anonymat, un cadre du Social Democratic Front (SDF), le principal parti de l’opposition camerounaise.

Ce parti, membre de l’internationale socialiste, un mouvement qui regroupe de nombreux partis socialistes du monde, réuni le 12 mai dernier à Foumban entend accélérer la démocratie et la bonne gouvernance au Cameroun.
En effet, en compagnie de sept autres partis politiques, ils se sont réunis dans cette ville pour réfléchir sur les moyens appropriés pour « bâtir une véritable unité nationale fondée sur un large consensus politique afin de dessiner pour le Cameroun les voies d’une alternance démocratique, premier jalon dans la construction du mieux-être de nos concitoyens », lit-on sur le document final qui a sanctionné cette rencontre.

Aller à la rencontre de François Hollande

Les dernières élections présidentielles ont compté parmi les points phares inscrits à cette rencontre de l’opposition camerounaise. Le groupe des 7 et associés, apprécie le déroulement des dernières élections en France qu’il présente comme un exemple de démocratie et félicite « le peuple français et le président élu, M. François Hollande ». Une des résolutions phares de cette rencontre étant l’engagement pris d’envoyer une délégation à Paris pour officiellement « présenter aux nouvelles autorités nos attentes en matière de coopération bilatérale ».

Cet engagement a tout de suite suscité la réaction vive d’une partie de l’opposition, notamment du Manidem, un parti de l’opposition qui crie à la trahison et traite le groupe des 7 de « salopards ». « Depuis l’élection de François Hollande, Ni John Fru Ndi (Ndlr: le président du SDF, principal parti de l’opposition) et ses amis s’en remettent aux dirigeants français pour résoudre nos problèmes ! Le patron de la puissance coloniale est devenu le sauveur des colonisés », dénonce ce parti politique dans une publication expliquée au cours d’une conférence de presse.

« Nos problèmes seront résolus par les Kamerunais, au Kamerun et non pas à Paris, Londres ou Washington. Les combats des Kamerunais se mènent sur le terrain des luttes sociales et politiques, pas à travers des salamalecs aux dirigeants occidentaux », soutient le Manidem. Ce parti accuse cette frange de l’opposition camaerouanise d’utiliser la même démarche que le président Paul Biya au pouvoir depuis trente ans qu’ils disent combattre. « Paul BIYA n’est plus le seul meilleur élève du pouvoir français », croit savoir Abanda Kpama, le président du Manidem.

Le groupe des 7 s’en défend et soutient inscrire sa démarche dans la logique de la simple coopération bilatérale entre les deux pays. Réagissant à la suite des attaques du Manidem, Albert Dzongang, le porte parole de ce groupe et président du parti politique La dynamique, soutient que le voyage à Paris a pour but de proposer plutôt à François Hollande de mettre définitivement fin aux réseaux mafieux de la Françafrique. Bien malin est celui qui saura parier sur une telle issue.