Hit Radio, cinq ans d’expression libre au Maroc

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Véritable icône de la culture jeune au Maroc, Hit Radio, c’est aujourd’hui 41 fréquences dans tout le royaume et 26 millions d’auditeurs. Elle célèbre ce mois-ci ses cinq ans d’existence. Son président, Younès Boumehdi, nous livre en exclusivité les clés d’un succès dans un pays où s’exprimer sans contraintes n’a pas toujours été évident. Il nous explique aussi comment des médias, et tout particulièrement Hit radio, se sont investis avec et pour les jeunes dans un Maroc en pleine ébullition politique et sociale.

hit_radio.jpgYounès Boumehdi est le fondateur de Hit Radio nouvelle génération, dont le but est de donner aux jeunes marocains un espace qui leur est propre, en phase avec leurs centres d’intérêts. Né à Rabat en 1970, Younes quitte le Maroc pour Paris où il obtient en 1992 un diplôme en Marketing et Communication avec un rêve en tête : monter une radio libre. Il livrera un combat de 13 ans pour obtenir le précieux sésame qui lui permettra de devenir le fondateur de la radio marocaine de référence pour les jeunes.

Afrik.com : Hit Radio fête ses 5 ans. Etes-vous confiant pour la suite ?

Younes Boumehdi :
Oui je le suis, Hit Radio est le numéro 1 de la radio libre antenne au Maroc. Et pour fêter ça, nous offrons, entres autres, une centaine de places VIP pour divers concerts ainsi que plusieurs cadeaux à nos auditeurs. Nous mettons actuellement en place une campagne de communication pour remercier tous ceux qui nous soutiennent et tout particulièrement nos auditeurs.

Afrik.com : Racontez-nous la naissance de votre média…

Younès Boumehdi :
Je suis un passionné de musique, et à l’époque j’éprouvais une réelle frustration à l’idée qu’aucune plateforme dédiée aux jeunes n’existait au Maroc. Je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’en Espagne, à seulement 14 km du Maroc, il existait un tas de fréquences FM et qu’ici il n’y avait rien du tout pour les jeunes. Après mes études, j’ai déposé un dossier en 1993 pour obtenir une licence pour l’ouverture de la radio. La nouvelle loi relative à l’audiovisuelle paru en 2005 a mis fin au monopole. J’ai fini par obtenir une licence en mai 2006 et nous avons diffusé pour la première fois nos programmes en Août de la même année dans la ville de Rabat. Désormais, nous disposons de 41 fréquences sur tout le territoire marocain avec un bassin d’audience de 26 millions d’auditeurs.

Afrik.com : Quelle est la clé d’un tel succès ?

Younès Boumehdi :
C’est un rapport de confiance que l’on entretient avec les jeunes depuis la création de la radio. A travers ces chiffres, on s’aperçoit à quel point il y avait une forte demande. De plus, nous arrivons à être insolents sans être vulgaires, et les jeunes aiment ça.

Afrik.com : 40% de votre programmation est composée de chanteurs marocains…

Younès Boumehdi :
Deux raisons sont à l’origine de cette décision. La première étant cette action profonde de revaloriser la musique marocaine. Les jeunes artistes ont longtemps été ignorés et tout particulièrement les jeunes rappeurs et chanteurs de R&B marocains. D’ailleurs, les gens m’ont pris pour un fou au début. Mais je me suis dit que le Hip hop américain n’est pas le seul à pouvoir exister, alors je me suis lancé dans l’aventure, le but étant de se décomplexer. Et ça marche très bien. La deuxième raison est une histoire de quota…

Afrik.com : Quel rôle les médias ont-ils joué dans l’affirmation des revendications politiques cette année au Maroc ?

Younès Boumehdi :
Nous avons fait le choix de laisser la libre parole à nos auditeurs pour en parler, car nous considérons que ces manifestations méritent un traitement à l’antenne. Nous avons envoyé des animateurs un peu partout au Maroc pour couvrir les évènements. On est loin des révoltes syriennes ou égyptiennes, nous vivons dans un pays où nous pouvons nous exprimer librement. Et d’ailleurs, nos manifestations sont pacifiques tout comme le comportement des autorités. Aujourd’hui, les jeunes s’impliquent davatange dans la vie sociale et politique, ce qui est encourageant lorsque l’on sait que 51% de la population marocaine à moins de 25 ans.

Afrik.com : Le mouvement du 20 février est né sur des réseaux sociaux. Pensez-vous que la télévision ou la radio ont joué un rôle aussi important qu’Internet ?

Younès Boumehdi :
Nous sommes tous responsables car nous sommes tous acteur du changement. Les médias, sans prendre parti, sont le reflet des revendications et ils jouent un rôle énorme dans la lutte pour le changement car ils couvrent les évènements. Mais Internet reste une arme puissante et c’est de là que tout est parti. Peu de temps avant le « printemps arabe », le ministre marocain de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies, Ahmed Réda Chami, a fait baisser les coûts des services de communications. A l’inverse de certains pays arabes, le Maroc a encouragé ses habitants à aller sur Internet et à s’y exprimer librement. D’ici 2012, le Maroc atteindra 12 millions d’internautes. Nous sommes le pays arabe où le nombre de blogs est le plus élevé.

Afrik.com : Avez-vous déjà été censuré ?

Younès Boumehdi :
Nous n’avons jamais été censurés. Mais nous avons déjà été pénalisés par le CSCA et sanctionnés en 2010 par la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle où nous avion dû payer une amende comme cela peut arriver à n’importe quelle autre radio ou chaîne de télévision en cas de diffamation ou autre. Hit radio est une génération de libre antenne où l’on peut s’exprimer comme on l’entend.

Afrik.com : Quel est votre avis personnel sur la situation actuelle du Maroc ?

Younès Boumehdi :
Ce n’est pas le roi qui est remis en question, d’ailleurs personne ne souhaite son départ, mais je lutte profondément pour les droits humains et je suis pour le changement. La jeunesse marocaine doit prendre conscience qu’elle représente l’avenir. Nous essayons de sensibiliser les jeunes aux votes à travers des campagnes de communications et autour de divers débats.

Afrik.com : Aujourd’hui Hit Radio, et demain ?

Younès Boumehdi :
Je travaille sur un projet de développement d’une chaîne de télévision. A suivre …

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