Heureux dénouement pour les otages du Sahara

Les quatorze derniers otages du Sahara ont été libérés lundi au Mali après plus de cinq mois de captivité. Les médiations malienne et allemande ont largement participé au dénouement presque sans accroc de cette saga. Toutes les interrogations ne sont pas levées. Des zones d’ombres restent quant à l’identité des ravisseurs et au paiement de la rançon.

Enfin libres ! Les quatorze derniers otages du Sahara ont été relâchés lundi dans le nord-est du Mali, après plus de cinq mois de captivité. Ces derniers jours, l’avancée des négociations entre les médiateurs et les ravisseurs laissaient entrevoir un dénouement proche de l’affaire. Mais il restait bien des incertitudes quant à la date de libération des touristes allemands, suisses et hollandais. Les ex-otages seraient maintenant en sécurité et se dirigeraient vers Bamako, d’où ils seront rapatriés.

Entre février et mars, différents groupes de touristes disparaissent dans le sud de l’Algérie, où le banditisme et la contrebande sont répandus. Au total, 32 otages sont faits prisonniers par un commando dont les membres appartiendraient au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC)[[<*>Mais selon CNN, cette organisation, soupçonnée d’être liée au réseau Al-Qaida d’Oussama ben Laden, n’aurait jamais fait de prise d’otages.]]. Des moyens spectaculaires sont déployés pour retrouver les captifs. Des milliers de soldats sont dépêchés dans la région. Des hélicoptères ou encore des avions espions ratissent le Sahara qui s’étend sur quelque deux millions de kilomètres carrés. En vain.

Copieuses rançons

Les ravisseurs demandent entre quatre et cinq millions d’euros pour la libération des touristes. Alors que Berlin cherche à maintenir le dialogue, Alger refuse toute négociation et opte même pour la manière forte. Le 13 mai dernier, une unité des forces de sécurité algériennes mène un raid contre la cachette des malfaiteurs. Dix-sept otages sont libérés. Mais le Mail and Guardian rapporte que cette action aurait pu être lourde de conséquences pour les otages restants. Sans l’intervention de l’un de ses complices, le chef des kidnappeurs, Amari Saïfi (alias Abderrezak le Para), les auraient sans doute exécutés.

Les tractations se poursuivent un mois durant, sans réel progrès. Nouveau rebondissement, les otages sont repérés dans le nord du Mali. La chaleur accablante du désert fait une victime : une Allemande de 46 ans qui aurait succombé à une insolation. Cette nouvelle alimente les inquiétudes quant à la santé physique des touristes. Mais le 30 juillet, le gouvernement malien reçoit une cassette vidéo où les otages apparaissent sains et saufs. Le lendemain, la chaîne allemande n-tv rapporte que les ravisseurs demandent une rançon de 70 millions de dollars contre la libération des captifs, qui manquent de nourriture et de médicaments. Les tractations entre le Mali, l’Allemagne et les kidnappeurs se poursuivent et se révèlent de plus en plus concluantes, jusqu’à la libération tant attendue.

Des questions sans réponse

Mais toutes les questions n’ont pas trouvé réponse. L’identité exacte des malfaiteurs n’est toujours pas certifiée. Autre inconnue : qui a payé la rançon, si paiement il y a eu ? Le Mali avait déclaré la semaine dernière qu’une demande avait bien été faite, mais que le pays ne pouvait pas payer. Les propos des Etats concernés pendant la crise laissent à penser que personne ne souhaitait mettre la main au portefeuille. L’Allemagne avait refusé de céder au chantage par peur de favoriser d’autres enlèvements de ce type. La Hollande avait réaffirmé sa volonté de ne pas donner de rançon pour obtenir la libération de ses ressortissants. Invitée à s’exprimer sur une radio nationale, la ministre des Affaires Etrangères suisse n’a pas révélé si une somme d’argent avait été reversée ou non.

Prévoyants, les ravisseurs avaient cherché à assurer leur sécurité avant de relâcher les otages. Une chose est sûre, ils ne s’en tireront pas sans être inquiétés. Le Chancelier allemand Gerhard Schroëder a annoncé ce mardi qu’il était « important que les kidnappeurs ne s’en sortent pas impunis. C’est pourquoi, les autorités allemandes soutiendront nos partenaires malien et algérien dans toutes les entreprises qui permettront l’arrestation des ravisseurs et leur jugement ». Les kidnappeurs sont passés au statut de fugitifs.

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