Haïti : le séisme de 2010 stimule la coopération décentralisée

Loin d’interrompre les projets en cours, le tremblement de terre de 2010 en Haïti les a plutôt réorientés, avant de les approfondir et de les conforter vers des réalisations à moyen et long terme.

Le 12 janvier 2010 Haïti était
victime d’un t rem ble –
ment de terre qui faisait
230 000 morts et des centaines
de milliers de réfugiés, désorganisant
l’ensemble du pays. « Nous
avons vite considéré que le séisme ne
devait pas mettre un terme au projet
existant », explique Olivier
Bessin, directeur des relations internationales
de la ville et de la Communauté
urbaine de Strasbourg
(CUS). Associée à l’Institut régional
de coopération développement
(Ircod), la CUS a, depuis 1991, un partenariat,
initié par les Haïtiens de
Strasbourg, avec la ville de Jacmel
en Haïti. Objectif : aider la municipalité
de Jacmel (130 000 habitants)
à renforcer ses compétences : propreté,
fiscalité locale, création d’un
nouveau marché.

« Au début il n’y avait pas d’enjeux
aussi importants qu’aujourd’hui
», estime Olivier Bessin. Déjà,
la mise en place d’un centre de
brûlage et de compostage des
déchets à Jacmel en juillet 2009
grâce à la coopération décentralisée
avec la CUS a montré son efficacité
contre le choléra apparu en
décembre 2010. À la suite du
séisme, une réflexion de fond a
été engagée sur l’aide apportée à
Jacmel dans les domaines sensibles : amélioration de la protection
des civils, gestion des risques
en matière d’urbanisme, service
d’information géographique (SIG),
planification urbaine. Et aide à
l’organisation d’un système d’alerte
communal, en cas de sinistre. Avec
les aléas politiques, la situation
reste incertaine, mais à la CUS on se
dit « raisonnablement optimistes »,
d’autant que les autorités de Jacmel
montrent « la volonté farouche de
poursuivre cette démarche de
coopération ».

Deux foyers construits
pour 27 000 euros

Le tremblement de terre a aussi
infléchi l’orientation de la coopération
de la ville haïtienne de Milot
avec la communauté de communes
du Larmont (Doubs). Abritant les
hauts lieux de l’indépendance haïtienne),
Milot (29 000 habitants)
est une cité touristique. De son côté,
le territoire de la communauté du
Larmont dispose du Fort de Joux, où
est mort le précurseur de l’indépendance
d’Haïti, Toussaint Louverture,
en 1803. L’idée d’instaurer
une coopération entre ces deux
lieux de mémoire a abouti au début
de 2009 et ce projet devait être officialisé
en janvier 2010.

Le séisme a bousculé cette dynamique
naissante. Les réfugiés
affluent à Milot et, parmi eux, des
centaines d’orphelins. « Auparavant,
explique Philippe Pichot, chargé de
mission à la communauté, on s’orientait
vers la construction d’une école,
d’une bibliothèque, et vers un accueil
de jeunes haïtiens chez nous pour
les former notamment aux métiers
du tourisme. Après le tremblement de
terre, on a décidé de construire, en
dur, des foyers pour orphelins. » Grâce
à 27 000 euros de dons de toutes
les communes de la communauté,
deux foyers ont vu le jour. Les fonds
ont été versés, en plusieurs tranches,
à la commune de Milot. Aujourd’hui,
Philippe Pichot indique que le projet
initial est en train de trouver un
second souffle : « Milot a une dynamique
culturelle forte, il faut former
les potentialités touristiques à venir.
Nous relançons le projet depuis une
semaine. »Réactivé aussi le projet de
la bibliothèque-médiathèque, « pour
que la jeunesse de Milot reste sur la
ville plutôt que d’aller errer dans les
bidonvilles de Cap-Haïtien ».

Aider les collectivités haïtiennes à être efficaces

En Haïti, la désorganisation des
institutions est une situation
endémique depuis une quarantaine
d’années. Au terme d’un processus
chaotique, le président de la République
Michel Martelly a finalement
été élu le 14 mai 2011, mais les
collectivités territoriales haïtiennes
restent prudentes face à leur gouvernement.
C’est pourquoi les collectivités
territoriales françaises ont
mis en place une coopération
directe avec les communes (ou les
associations de communes) en Haïti.
Avec l’objectif de les aider à se saisir
directement de leurs problèmes,
en leur apportant leur expertise
dans ce domaine.

Stabilisation
de 160 000 réfugiés

La communauté de communes du
Kreiz-Breizh (CCKB, Côtes-d’Armor),
elle, n’avait aucune coopération
avec Haïti avant le tremblement
de terre. C’est la coordination de la
solidarité par le conseil général
des Côtes-d’Armor qui a constitué le
facteur déclenchant. En mai 2010,
plusieurs collectivités bretonnes
décident de mutualiser leurs
moyens et leurs compétences afin
de proposer à l’Association des
maires du département de la
Grande Anse (AMAGA) un partenariat
s’inscrivant dans le moyen
terme. Pour assurer notamment la
prise en charge et la stabilisation de
près de 160 000 réfugiés de Portau-
Prince sur un territoire qui
compte 450 000 habitants.

Le projet de la CCKB – la
construction d’un marché couvert
dans la ville de Corail – sera le premier
mis en oeuvre en Haïti dans le
cadre du partenariat des Côtesd’Armor
après le séisme. Pierrick Le
Saulnier, le directeur de la CCKB, précise
que « cette réalisation permettra
d’affiner les besoins ». Grâce à elle,
surtout, les Haïtiens, se formeront à
la gestion directe. « Il y aura sans
doute des coopérations à développer
avec les Haïtiens dans des domaines
où nous avons une expertise, comme
l’eau et l’assainissement, ou le tourisme
en milieu rural, ajoute Pierrick
Le Saulnier. Ce sera en fonction de
leurs besoins et de leurs souhaits. »

Un article initialement publié dans « Maires de France » (Septembre 2011)

 Le site du magazine Maires de France