H comme Homme

L’apprentissage : un livre sur Internet, sous forme d’abécédaire, pour dire en 100 mots comment la France adopte ses enfants de migrants. Véritable « Lettres persanes » du XXIe siècle, l’initiative de la journaliste/auteur Nadia Khouri-Dagher a séduit Afrik.com qui a décidé de vous offrir deux mots par semaine. A savourer, en attendant la parution du livre courant 2007.

De A comme Accent à Z comme Zut, en passant par H comme Hammam ou N comme nostalgie, 100 mots pour un livre : L’apprentissage ou « comment la France adopte ses enfants de migrants ». Une oeuvre que la journaliste/auteur Nadia Khouri-Dagher a choisi de publier d’abord sur Internet. Un abécédaire savoureux qu’Afrik a décidé de distiller en ligne, pour un grand rendez-vous hebdomadaire. Une autre manière d’appréhender la littérature…

H

Hommes

Dans le métro, un père marocain, le visage rayonnant, gazouille avec son bébé installé dans sa poussette, le temps de plusieurs stations, sa femme est assise tranquillement, silencieuse, sur le strapontin à côté.

Dans les pays arabes, les hommes, si rudes avec leurs épouses parfois, se montrent souvent d’une tendresse désarmante avec leurs enfants. Ils osent affirmer en public toute leur affection paternelle, alors qu’ils s’interdisent traditionnellement toute effusion affective publique avec leur épouse.

En France c’est le contraire : un homme n’aura aucune gêne à embrasser sa compagne dans un métro bondé ou à la tenir fort dans ses bras, mais ne fera jamais en public, avec son propre enfant, même bébé, l’un de ces gestes de tendresse, qu’il réservera à la sphère privée. Il n’osera pas exprimer, en public, sa folle affection paternelle, toute sa tendresse de père.

Dans la culture arabe, c’est en exprimant en public son amour pour une femme qu’un homme trahit sa part de sensibilité, de vulnérabilité – sa part féminine. En France, c’est en exprimant en public par des gestes sa tendresse de père qu’un homme trahit son émotivité, sa part « maternelle ». Face à une femme ou face à un enfant, en public dans les deux cas nos mâles sont tenus de se conformer comme « de vrais hommes ».