Guinée : week-end mouvementé à Conakry

Samedi et dimanche dans la capitale guinéenne, des émeutes ont opposé les partisans des deux candidats au second tour de la présidentielle, Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé. Une personne au moins a été tuée et des dizaines d’autres blessés. Le président par intérim, le général Sékouba Konaté, a annulé sa visite de quatre jours au Liban. Le gouvernement a suspendu la campagne électorale mais n’entend pas reporter le vote prévu dans une semaine.

L’entre deux tours de la présidentielle guinéenne tourne à l’émeute à Conakry, la capitale. Ce week-end, les affrontements entre les partisans de l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo, candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et son rival Alpha Condé du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) ont fait au mois un mort et plusieurs dizaines de blessés, obligeant le gouvernement à suspendre la campagne électorale.

Selon Guinée Conakry Info, samedi et Dimanche, « Des vandales armés de machettes, des loubards munis de fusils et des jeunes aux lance-pierres se sont attaqués aux résidences, aux voitures, aux boutiques et enfin aux personnes, dans une furie vengeresse, au nom de l’UFDG ou du RPG .» Le militant tué dimanche par balle serait un membre du RPG, dont un bureau situé à Hamdallaye, un quartier de Conakry, a été mis à sac. Les forces de police ont dû intervenir en plusieurs points de la capitale pour disperser les manifestants à coups de gaz lacrymogène.

Ces violences ont commencé après l’incarcération du président de la commission électorale guinéenne (Ceni) Ben Sekou Sylla, et de son adjoint chargé de la planification, El Hadj Boubacar Diallo. Les deux responsables ont été condamnés jeudi à un an de prison, suite à une plainte du RPG qui les accusait d’avoir manipulé les résultats du premier tour du 27 juin. A l’issue de ce scrutin, Cellou Dalein Diallo était arrivé en tête avec 43,69% contre 18,25% pour son adversaire Alpha Condé.

La Ceni nie avoir manipulé les résultats du premier tour

La Ceni a nié avoir manipulé les résultats du premier tour de l’élection. Ce samedi à Conakry, l’organisme a tenu une session extraordinaire consacrée à la condamnation de ses deux responsables. Interrogée à cette occasion par Guinée News, un de ses membres a déclaré sous anonymat que l’affaire n’était qu’une « manipulation politique dont le seul but serait de reporter le second tour de l’élection présidentielle prévu le 19 septembre 2010.» A l’en croire, l’incarcération de Ben Sekou Sylla et d’El Hadj Boubacar Diallo est illégale. «La CENI a été mise en place par décret du Président Lansana Conté suite au soulèvement populaire de janvier et février 2007. Il est donc impossible de démettre un membre de la CENI à plus forte raison de le condamner sans que son immunité ne soit levée. Un juge s’assoit dans son bureau pour condamner des membres de la CENI. Sans que ni les accusés ni leurs avocats n’aient été entendus (…) Nous jouissons d’une immunité », a-t-elle déclaré.

Bien qu’ayant suspendu la campagne électorale, le gouvernement provisoire de Guinée n’entend pas reporter la date du second tour de la présidentielle. « Nous ne remettons pas en question la date du 19 septembre », a déclaré à Reuters, le porte-parole du gouvernement, Aboubacar Sylla. De son côté, le président par intérim, le général Sékouba Konaté, a décidé dimanche d’annuler un voyage prévu au Liban, pays dans lequel il envisageait de séjourner jusqu’à ce mercredi.

Depuis la mort du président Lansana Conté en décembre 2008, la Guinée est en proie à des troubles majeurs. La junte militaire qui s’est emparée du pouvoir après le décès du vieux dictateur a consenti sous la pression internationale, à remettre le pouvoir à des civils via l’élection présidentielle.