Guinée : bataille rangée au sein de l’armée pour le pouvoir

Un groupe de militaires a annoncé ce mardi matin la dissolution du gouvernement et du Parlement après la mort de Lansana Conté. Des informations démenties sur les ondes de Radio France Internationale plus tard dans la journée par le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré. Le pouvoir semble se disputer dans les casernes entre loyalistes et putschistes. La communauté internationale a appelé les autorités guinéennes à assurer une transition pacifique et conforme à la Constitution.

La Guinée est en pleine confusion politique après la mort de Lansana Conté lundi soir. L’ordre constitutionnel, qui prévoit que le président de l’Assemblée nationale assure la présidence par intérim, a été bouleversée mardi matin. Un Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) composé de 32 membres, selon son porte-parole le capitaine Moussa Dadis Camara, s’est arrogé le pouvoir. « A compter d’aujourd’hui, la Constitution est suspendue, ainsi que toute activité politique et syndicale (…) Le gouvernement et les institutions républicaines sont dissous ».

Lutte pour le pouvoir au sein de l’armée

Des propos qui ont été démentis plus tard dans la journée par le Premier ministre Ahmed Tidiane Souaré . Le gouvernement n’est pas «dissous », a-t-il déclaré sur les ondes de RFI. « Nous travaillons à l’organisation des funérailles ». S’exprimant également sur les antennes de la radio internationale, le président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, a estimé « que la majorité de l’armée est loyaliste et républicaine ». « Il semble qu’ils (loyalistes et putschistes) sont en train de se concerter au camp Alpha Yaya. Nous attentons l’issue de cela ». Le président par intérim de la Guinée, selon la Constitution, s’est dit « malheureux » pour son pays face à ce coup d’Etat. Quant au chef d’Etat-major de l’armée guinéenne, le général Diarra Camara, qui s’est déclaré « surpris » par cette prise de pouvoir, il a appelé ses « compagnons d’armes » au calme. « Je pensais plutôt que nous, l’ensemble des forces armées guinéennes, nous devrions nous prosterner devant la dépouille mortelle du président Conté et nous préparer à lui réserver des obsèques dignes de ce nom », a affirmé ce mardi le responsable militaire devant la presse. « Je n’empêche pas quelqu’un d’avoir des velléités, des prétentions, a-t-il poursuivi, mais mon souhait était au moins d’attendre les obsèques ». ,

Au sein de la communauté internationale, la condamnation de ce coup de force est unanime. Jean Ping, le président de la Commission de l’Union africaine a « fermement condamné » ce coup d’Etat qu’il considère comme une « violation flagrante de la Constitution guinéenne ». Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a, lui, invité les autorités guinéennes à conduire une « transition (…) pacifique et démocratique, en accord avec la Constitution ». Les Etats-Unis, selon un communiqué de la Maison Blanche, encouragent « les institutions guinéennes à prendre toutes les mesures nécessaires à une transition pacifique et démocratique ». La France, qui assure la présidence de l’Union européenne, a exprimé son souhait de voir « l’organisation (rapide) d’élections libres et transparentes ». Le Nigeria, puissance sous-régionale en Afrique de l’Ouest, par la voix de son président Umaru Yar’Adua a condamné « sans équivoque toute prise de pouvoir anticonstitutionnelle ». A l’exception de quelques coup de feu, la capitale Conakry connaît une certaine accalmie. Les Guinéens sont restés chez eux comme le leur avaient recommandé les autorités militaires et civiles. Un deuil national de 40 jours a été décrété lundi en Guinée.