Guédiawaye : les bassins de rétention censés prévenir les inondations de nouveau débordés


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Inondations à Dakar octobre 2026
Inondations à Dakar octobre 2026

La saturation des bassins de rétention de Guédiawaye, construits après les inondations catastrophiques de 2009 et 2012 pour protéger précisément ce secteur, a provoqué de nouveaux débordements massifs ce lundi 5 octobre 2026. Cet échec d’un ouvrage conçu pour absorber les pluies intenses pose la question de l’état d’entretien de ces infrastructures, plus de quinze ans après leur mise en service. Leur capacité réelle face à des épisodes pluvieux comme celui du week-end, qui a déversé 142 millimètres d’eau sur Dakar, est manifestement insuffisante.

De notre corresppondant à Dakar,

Un ouvrage conçu pour éviter exactement ce scénario

Les bassins de rétention de Guédiawaye font partie du Programme décennal de lutte contre les inondations (PDLI), lancé par l’État sénégalais après les crues historiques de la fin des années 2000, qui avaient déjà noyé ce même secteur de la banlieue dakaroise. Leur fonction est précise : collecter et stocker temporairement les eaux de pluie pour éviter leur stagnation dans les zones résidentielles et commerciales. Ce lundi, ces bassins se sont pourtant retrouvés saturés, provoquant des débordements dans les quartiers qu’ils étaient censés préserver.

Cette défaillance pose la question du dimensionnement de l’ouvrage face à des pluies de cette intensité, mais aussi de son entretien courant. Un bassin de rétention perd en capacité d’absorption lorsque les sédiments ne sont pas régulièrement curés, un entretien qui relève normalement de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS). Il n’existe aucune information publique sur la date du dernier curage effectué sur les bassins de Guédiawaye, ni le budget qui y a été consacré au cours des derniers exercices.

Des conséquences concrètes pour les riverains et les commerces

Les débordements ont directement touché les zones résidentielles et commerciales environnantes, où des commerçants de proximité ont vu leurs stocks de marchandises endommagés par les eaux, notamment des denrées de première nécessité devenues impropres à la consommation. Cette situation illustre le paradoxe d’un ouvrage public financé pour sauvegarder cette zone mais qui n’a pas empêché le sinistre, renvoyant la charge de la reconstruction aux habitants et aux petits commerçants du quartier.

Au-delà de Guédiawaye, l’épisode a également touché les Parcelles Assainies, où une mère et son enfant sont morts noyés dans leur appartement, ainsi que plusieurs grands axes routiers coupés à la circulation dès les premières heures de lundi. Le gouvernement a activé le Plan d’urgence régional et déployé les sapeurs-pompiers pour des opérations de pompage, mais ce dispositif répond à l’urgence immédiate sans traiter la question de fond : pourquoi l’infrastructure censée prévenir ce scénario précis n’a-t-elle pas tenu ?

Craintes de nouveaux débordements

Les services de l’ANACIM maintiennent une alerte sur une large bande côtière allant de Ziguinchor à Saint-Louis, où de nouvelles cellules orageuses sont attendues. Si les bassins de Guédiawaye restent saturés au moment de ces nouvelles pluies, faute de temps suffisant pour évacuer l’eau actuellement stockée, les mêmes quartiers pourraient subir un nouveau débordement avant même la fin de la saison des pluies, actuellement prévue pour la fin du mois d’octobre selon les prévisions saisonnières habituelles de l’agence.

Les riverains n’ont pas attendu ce lundi pour s’inquiéter de l’état de ces ouvrages. En juillet 2025, à l’approche de l’hivernage, des délégués de quartier de Pikine et de Guédiawaye décrivaient des bassins jamais écrêtés, envahis par le typha, les déchets ménagers et la ferraille. « Nos bassins ne sont toujours pas écrêtés », déplorait l’un d’eux. Le département de Guédiawaye figure pourtant parmi les zones couvertes par la seconde phase du Projet de gestion des eaux pluviales (PROGEP 2).

Ce programme de quelque 170 milliards de francs CFA, prévu sur 2021-2029, est financé par l’État, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et le Fonds nordique de développement. En visite à Keur Massar en février dernier, la Banque mondiale mettait en avant le renforcement de l’ONAS pour l’exploitation des infrastructures, ainsi que la transformation des comités locaux de gestion des eaux pluviales en coopératives chargées de leur entretien.

Alioune Diop
Une plume qui balance entre le Sénégal et le Mali, deux voisins en Afrique de l’Ouest qui ont des liens économiques étroits
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