Grogne sociale contre les patrons indo-chinois en RDC

Plusieurs centaines des grévistes congolais, employés dans des magasins dirigés par des propriétaires indiens, libanais, chinois, pakistanais sont en grève depuis lundi à Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo. Ils réclament une augmentation de leur salaire et la réduction du temps de travail, conformément à la loi congolaise. La grève risque de durer plusieurs jours car les patrons ne semblent pas prêts à entamer des négociations.

Par Floréal Sotto

Les patrons asiatiques sur la sellette en République Démocratique du Congo (RDC). Depuis lundi, une partie des commerces de Kinshasa est immobilisée par une grève. Les magasins concernés sont essentiellement tenus par des expatriés d’origine indochinoise. Les grévistes dénoncent leur situation précaire (salaire en dessous du minimum fixé par l’état, heures de travail supplémentaires non payées…). Ils réclament du gouvernement un durcissement des sanctions en cas de non-respect des lois congolaises.

Un pouvoir exécutif affaibli

« Nous sommes sous payés ( environ 1 dollar par jour, ndlr), nous travaillons de 8h à 20h30 tous les jours, nos employeurs ne nous ont jamais fait signer de contrat, c’est pourquoi je fais la grève », a expliqué mardi à Afrik, M Tomas, un travailleur en grève. « Ce mouvement de grève est spontané et durera tant que les employeurs refuseront de négocier », a-t-il précisé. Le cas de M Tomas est similaire à des centaines d’autres employés des commerces de RDC, mais aussi à des milliers de fonctionnaires (enseignant,s personnels hospitaliers …) qui multiplient les mouvements sociaux depuis le mois de septembre. Les enseignants ont été en grève pendant 42 jours à la rentrée, pour protester contre le non-respect de l’accord Mbudi signé en 2003 (où le salaire minimum mensuel est notamment fixé à 68 dollars par mois). Puis, à la mi-octobre, d’autres grévistes du secteur informel ont rejoint le mouvement pour protester contre la vente, à un Libyen, d’une partie du marché central de Kinshasa.

«Le pays est plongé dans un chaos économique, un Smig (salaire minimum interprofessionnel généralisé) a bien été fixé, mais même l’Etat ne peut pas payer ainsi ses fonctionnaires. Par conséquent tout le monde est prêt à accepter des salaires de misère plutôt que rien », nous a indiqué M Tambala, directeur du groupe syndicaliste Fasymine en RDC. Un confrère congolais nous a précisé à ce sujet que « même les inspecteurs du travail sont sous-payés, si bien qu’ils se laissent facilement corrompre par les chefs d’entreprise étrangers qui ne respectent pas les droits des travailleurs ». Le mouvement spontané de grève est en corrélation avec ces facteurs. Les employés exploités espèrent que l’Etat fera pression sur les patrons expatriés afin que leur statut s’améliore.

Impunité des chefs d’entreprises expatriés

Les employés des entreprises gérées par des expatriés sont particulièrement vulnérables. Avec un salaire oscillant entre 15 et 30 dollars par mois, des conditions de travail particulièrement difficiles, la discrimination qu’ils subissent, le mépris et les insultes, ces travailleurs, corvéables à merci, représentent une partie de la population la plus touchée par ce désordre économique. Ils n’ont même pas de recours à un protocole les protégeant (comme les fonctionnaires avec le protocole Mbudi).

Selon Le Potentiel, « cette grogne sociale devrait interpeller le gouvernement congolais car le phénomène est devenu cyclique ». Il apparaît en effet que l’Etat ne semble pas déterminer à contraindre d’avantage des chefs d’entreprises immigrés, car il aspire à ce que les capitaux étrangers investissent sur le territoire de la RDC, d’autant plus s’ils sont susceptibles de créer de l’emploi.

L’ambiance est donc tendue à Kinshasa autour du quartier du marché central. Les travailleurs grévistes sont réunis devant les boutiques et débattent de leurs revendications avec véhémence. Ce mardi après-midi, aucune réunion n’avait été envisagée entre les syndicats, le ministère du Travail et la Fédération des entrepreneurs du Congo (FEC). Néanmoins, tout se déroule dans le calme. Si les forces de l’ordre sont arrivées sur le terrain dès le début de la manifestation ce n’est que pour éviter tout incident. Cette grève se déroule dans un cadre légal et n’a pour l’heure donné lieu à aucun débordement.