Grogne estudiantine au Cameroun

Les étudiants camerounais ont entamé, depuis le 20 avril dernier, un véritable bras de fer avec le gouvernement. Principal point de discorde : le paiement des droits universitaires, officiellement fixés à 50 000 francs CFA. La grogne, qui a débuté à Yaoundé I, touche aujourd’hui les six universités d’Etat du pays. Le mouvement de revendication est dirigé par l’Association pour la défense des droits des étudiants.

Par Nadège Ouinsou

Les six universités publiques camerounaises sont en ébullition depuis le 20 avril dernier. Cette effervescence, qui a commencé à Yaoundé I, est due à un mouvement de grève d’étudiants mené par l’Association pour la défense des droits des étudiants (Addec). Ces derniers réclament, outre une amélioration des conditions d’étude, l’abolition sans condition des droits universitaires. Ceux-ci sont officiellement fixés à 50 000 francs CFA (environ 77 euros) mais peuvent être plus élevés en fonction des universités et des filières. A l’université de Douala, par exemple, pour s’inscrire en maîtrise professionnelle de communication, les étudiants doivent débourser 500 000 francs CFA.

Ces frais d’inscription ont été institués en 1993, dans un contexte de récession économique, avec la réforme des universités. Sous la pression des institutions économiques, les autorités camerounaises avaient également supprimé le système de bourses d’études. Aujourd’hui, le Cameroun affiche une croissance économique de 4%. Les grévistes estiment donc que tous les Camerounais doivent pouvoir bénéficier des fruits de l’embellie économique.

Deux étudiants ont été tués par des policiers

Au cours des manifestations menées lors de la grève, des altercations ont eu lieu entre les étudiants et les forces de l’ordre. Deux étudiants ont été tués par des policiers à Buea, dans le sud-ouest du pays. Les présumés leaders du mouvement, tel Lazard Wowe, étudiant en troisième année de droit, ont été arrêtés mercredi matin. Les autorités espèrent ainsi décourager les contestataires.

Ces derniers réclament toujours la démission du ministre de l’Enseignement, Jacques Same Ndongo, et des six recteurs des universités d’Etat, la suppression sans condition des droits universitaires et l’ouverture d’une enquête officielle sur les conditions dans lesquelles ont été tués les étudiants de Buea. Les négociations se poursuivent. Monsieur Ndongo a, pour l’heure, concédé aux étudiants l’ouverture d’une enquête et l’attribution, en 2006, d’une bourse pour les étudiants qui font de la recherche. Plus de quatre milliards de francs CFA ont d’ailleurs été débloqués pour satisfaire certaines exigences des grévistes. Cependant, l’annulation des droits d’inscription n’est pas à l’ordre du jour.