Gnawa s’affranchit des identités

Le groupe algérien le plus inventif de ces dernières années, Gnawa diffusion, revient avec un double album enregistré à Alger lors d’une tournée exceptionnelle. Une merveille. Toutes les musiques algériennes ont enfin droit de cité.

Gnawa diffusion est la chose la plus merveilleuse qui soit arrivée à la musique algérienne depuis plus d’une décennie. Le groupe d’Amazigh Kateb a réussi le pari de rassembler le patchwork des identités algériennes : berbère, arabe, méditerranéenne et africaine. Car, pour ceux qui ont les yeux tournés vers l’Orient, il rappelle que l’Algérie n’est que l’extrême nord de l’Afrique. Et qu’elle appartient à ce continent. La formation grenobloise a forcé les Algériens à tourner leur regard vers le Sud. Et ce n’est nullement un hasard si le porte le nom de Gnawa, anciens esclaves noirs d’Afrique du Nord, originaires essentiellement du Soudan. D’où les musiques gnawa.  » j’y puise (désert algérien) encore une partie de mon inspiration, comme pour combler un manque d’africanité. La sophistication des bourgeoisies du Nord a gommé un pan de notre identité : ce sont ces racines qui s’expriment dans Gnawa diffusion « , analyse Amazigh Kateb.

Tourner son regard vers le Sud

La musique de Gnawa est tonifiante, pleine de vie. Joyeuse jusqu’à dans la contestation. Parce que le groupe ne chante pas pour passer le temps. C’est une alchimie entre le chaâbi (tradition populaire algéroise), le reggae, le raggamuffin ainsi que les transes et instruments traditionnels des Gnawas. C’est la musique dynamite. Qui explose dans tous les sens. Un vrai cocktail maison. Et la qualité des textes, écrits exclusivement par Amazigh Kateb, n’est pas pour gâcher le plaisir. Personne, aucun artiste jusqu’à présent, n’a saisi l’âme algérienne à ce point. Amazigh, homme libre en berbère, a l’ironie cinglante made in Alger, les complaintes fatalistes mais enjouées du sud et l’entêtement des Berbères. Algérien jusqu’au zèle dans l’excès comme dans Algeria.

 » J’ai rencontré l’Algérie dans le désert. Là, elle était dépouillée, elle n’était pas maquillée, elle ne se prenait pas pour une Arabe, pour une musulmane, pour une Kabyle ou pour une Française : elle vivait, elle était là, elle était grande en plus « , dit celui qui chante Fuck american power dans un roots gnawi. Amazigh est le plus africain des Algériens. A notre grand bonheur.

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