Ghana : du putsch à la démocratie

Le président Rawlings va abandonner le pouvoir à l’issue des prochaines élections présidentielles.

C’est un événement suffisamment rare pour être souligné. Le président ghanéen, Jerry Rawlings, qui était arrivé aux affaires il y a 18 ans, par un coup d’état, va laisser le pouvoir à un gouvernement démocratiquement élu à l’issue des élections présidentielles du mois de décembre prochain.

Non seulement, l’ex dictateur ne se présentera pas, mais il a donné mission à son vice-président, John Evans Atta-Mills, candidat du parti au pouvoir, de ne pas participer aux débats politiques qui auront lieu en marge de la campagne. Certains, dans le paysage politique ghanéen, voient dans ce mutisme la volonté présidentielle de ne pas interférer dans la campagne qui s’annonce. Un gage démocratique, donc. Etonnant pour un putschiste qui, lors de sa prise du pouvoir en 1979, avait annoncé la suspension de la Constitution et l’interdiction de tous les partis politiques.

D’autres, au contraire, soupçonnent le premier adjoint de Rawlings de vouloir se placer au-dessus des partis, dans la perspective d’un -long- maintien aux mannettes. Enfin l’embellie sur le terrain des droits de l’Homme n’est pas aussi belle qu’on voudrait le faire croire. Dans son rapport de l’année 2000, Amnesty International note qu’au Ghana  » quatre personnes ont été condamnées à mort pour trahison. Dans le cadre de cette même affaire, un ancien agent des forces armées a été détenu par les forces ouest-africaines de maintien de la paix en Sierra Leone et remis aux autorités ghanéennes. Un journaliste a été emprisonné après avoir été reconnu coupable de diffamation envers l’épouse du chef de l’État. D’autres journalistes ainsi qu’un député de l’opposition ont été détenus « .

Bilan économique et social flatteur

Rawlings peut, en tout cas, se targuer d’un bilan économique et social flatteur en dépit de la chute des cours de ses principales exportations : le cacao, le bois et l’or, véritable cataclysme économique qui s’est abattu sur le pays. Au cours du règne du président Rawlings, l’espérance de vie des Ghanéens a grimpé de quatre années. Le taux d’alphabétisation est passé de 31% en 1970, à 75% de nos jours. La croissance oscille entre 2 et 3%. Et le Produit intérieur brut (PIB) a plus que doublé en 20 ans, passant de 45, 3 milliards de dollars en 1975 à 108 milliards en 1997. Le pays serait également en pointe dans l’instauration des nouvelles technologies, avec un programme d’informatisation de l’ensemble de l’appareil économique et financier mis en place avec le concours de la Banque mondiale.

L’apparente démocratisation de la société ghanéenne n’est pas sans précédent dans la sous-région : le Bénin voisin fait figure d’exemple démocratique pour toute l’Afrique. Et les élections de février 1999 ont donné une faible majorité à l’opposition. Le président Mathieu Kérékou a dû composer avec une coalition élargie.