George Djodji Akibodé : confidences d’un artiste heureux

Les marrionnettes

A Bamako, difficile de passer à côté. Les stars des nouvelles campagnes de publicité Orange S’cool s’affichent un peu partout dans les rues de la capitale malienne. Ce sont des marionnettes créées par une troupe de Bamako, Afrik’Art réveil. Rencontre avec son président Georges Djodji Akibodé.

George fait son entrée. Le public applaudit. Un pas, puis deux, il s’élance. Ses gestes sont sûrs, ses bras ouverts dans un élan d’enthousiasme. La scène c’est son métier, « toute sa vie ». Un virus qu’il a contracté dès son enfance. Originaires du Nigeria, ses parents sont venus s’installer dans les années 20, à Lomé, au Togo. Son père, féru de chansons françaises, l’initie très tôt à la musique. Son prénom, il le doit à lui et à sa passion pour le célèbre chanteur français, Georges Brassens. « Pendant son séjour en France, il assurait la sécurité dans les concerts. Il a vu les plus grands artistes. Et, pendant les fêtes, son plus grand plaisir était de nous faire chanter ». Des années après, George n’a pas oublié. Le rythme, les sons, les paroles. Le souvenir de son père, son premier fan, a laissé des traces. Il le retrouve à chaque instant, au détour d’une danse, d’un conte ou d’un chant. « Il a cru en moi alors que d’habitude les familles sont très réticentes ». George ponctue toujours ses phrases par un sourire. Son débit est lent, posé. Il mesure ces mots pour ne pas en faire trop. Aujourd’hui, il peut être fier. Sa troupe de théâtre, Afrik’Art Réveil sillonne le pays et fait rire les foules.

Le monde des marionnettes

Ces marionnettes qu’il a confectionnées avec son équipe sont devenues des stars grâce à la publicité Orange S’cool. Elles s’affichent partout dans toutes les grandes villes maliennes. Malgré ce succès, George sait garder les pieds sur terre. « Au début, j’étais méfiant, je ne voulais pas m’associer à un grand groupe », explique-t-il. Ce sont les messages éducatifs qui l’ont séduit. « A travers des spots et des manifestations, Orange essaye de sensibiliser les enfants, c’est ça le plus important et c’est ça qui m’a convaincu ». L’histoire avec les marionnettes a commencé avec les Guignols de l’info. « J’aimais beaucoup. J’étais souvent invité par les altermondialistes, là-bas on faisait des spectacles où les présidents africains étaient manipulés par les principaux acteurs du G8 ». Pour George, ces petites poupées sont l’« incarnation de nos propres vies ».

Les marrionnettes

« Enrichir sa vie »

Son inspiration, il l’a puise au contact des gens et de leur culture. Lors de ses nombreux voyages au Mali, en Côte d’Ivoire… « Je suis parti pour échanger, pas pour devenir riche, mais pour enrichir ma vie ». George remet le col de sa chemise aux couleurs vives. Il regarde le reste de sa troupe qui danse et chante aux rythmes des balafons, du djembé et de la kora. Il trépigne sur sa chaise. « Mon père m’appelait « le musicien » et ma mère veut m’appeler le « docteur » », soupire-t-il comme pour calmer son entrain. Pour satisfaire ses parents, George n’a pas hésité à faire un master en gestion de projets. « Pour que ma mère puisse m’appeler une fois docteur avant de mourir ». Un choix qui correspond à sa conception du métier d’artiste. Il s’était déjà inscrit en faculté de sociologie et d’anthropologie. « J’ai besoin de connaître des gens pour faire de l’art ».

George raconte qu’un jour son cousin a tapé son nom sur internet, il a trouvé plein de pages sur ses activités. « Il m’a dit que mon père serait fier de moi », lâche-t-il. Une manière pour lui de légitimer sa vocation. L’artiste se retire. Après une dernière accolade, il court vers sa troupe, s’empare d’un djembé. Ses mains s’agitent. George est heureux.