Génocide rwandais : un rapport de l’OUA accuse les acteurs occidentaux de l’époque

La France, les Etats-Unis, la Belgique, mais aussi l’Onu et le Vatican sont stigmatisés. Le rapport fait suite à une enquête de deux ans.

La commission d’enquête de l’OUA sur les circonstances du génocide rwandais de 1994, présidée par l’ancien président botswanais Kethumile Masire, a rendu lundi des conclusions extrêmement sévères (en anglais) à l’encontre des Etats-Unis, de la France, de la Belgique, des Nations-Unies et de l’Eglise catholique pour leur rôle passif dans le déclenchement des massacres. La commission demande que les trois pays impliqués par son rapport versent des compensations financières au Rwanda.

Les Etats-Unis sont accusés de ne pas avoir pris la mesure du drame qui a débuté en avril 1994, immédiatement après l’attentat ayant coûté la vie du président rwandais de l’époque, Juvénal Habyarimana. L’actuelle secrétaire d’Etat Madeleine Albright est particulièrement visée. Elle était, à l’époque, la représentante américaine à l’Onu. Stephen Lewis, son collègue canadien en 1994, a été entendu par la commission au cours des deux ans d’enquête, a été très dur envers Mme Albright :  » Le rôle des Etats-Unis dans cette affaire rwandaise (…) a été une honte incompréhensible. Je ne sais pas comment Madeleine Albright parvient à vivre avec la conscience de cela. «  Le diplomate canadien considère que son homologue américaine a fait tout son possible pour retarder une éventuelle intervention de son pays.

La Belgique, pour sa part, disposait d’un contingent de Casques bleus stationnés à Kigali lors du déclenchement du drame. Suite à l’assassinat de dix de ces soldats par une milice, l’armée belge a quitté précipitamment le pays, en dépit de la certitude que son absence serait immédiatement mise à profit par les extrémistes hutus.

C’est cette même neutralité coupable que se voit reprocher l’église catholique du Rwanda. Selon le rapport,  » avec quelques exceptions héroïques, le rôle des leaders de l’Eglise a été scandaleux au cours de ces mois. Dans le meilleur des cas, ceux-ci sont demeurés silencieux ou explicitement neutres. « 

 » Contrition  » américaine

La France est le pays soumis aux plus graves accusations par le rapport. En fournissant des armes au régime hutu francophone qui a soutenu les assassinats massifs, et en n’usant pas de son influence afin d’arrêter les massacres, le gouvernement de ce pays – dirigé à l’époque par Edouard Balladur, François Mitterrand étant président de la République – aurait joué un rôle particulièrement néfaste. Le rapport écrit :  » Le soutien inconditionnel du pouvoir français a été un signal envoyé aux conspirateurs. « 

Pour leur défense, les institutions et Etats cités dans le rapport n’ont pas encore tous réagi. Dans une déclaration commune, le président américain Bill Clinton et Madeleine Albright avaient, rappelle le Washington Post, déjà fait état de leur  » contrition « . Mme Albright a dit ces jours-ci que le génocide s’était déroulé trop vite pour pouvoir être arrêté, cependant que le porte-parole du département d’Etat reconnaissait que  » les Etats-Unis n’ont pas agi assez vite après le début des massacres. «  Rappelons que les Etats-Unis avaient perdu dix-huit soldats à la fin de 1993, à l’occasion de leur expédition en Somalie.

Le Premier ministre belge s’est rendu au printemps à Kigali pour y faire publiquement les excuses de son pays. Quant à l’Onu, elle avait, il y a six mois, reconnu ses fautes par la voix de son secrétaire général Kofi Annan.

A ce jour, seuls le Vatican – qui a soutenu récemment un évêque accusé de génocide par le TPR – et la France – qui veut prendre le temps d’analyser le rapport, dit-on à Paris – n’ont pas reconnu de fautes dans l’affaire rwandaise. Il y a un an, un rapport d’information parlementaire français exonérait la France de toute responsabilité, même indirecte, dans le génocide.