Génocide rwandais : premier procès en France

Pour la première fois dans l’histoire, un Rwandais, l’ex-officier Pascal Simbikangwa, est jugé ce mardi en France devant la Cour d’assises de Paris pour génocide. L’ancien chef du service central des renseignements rwandais est accusé de complicité présumée.

Pascal Simbikangwa est actuellement l’objet de toutes les attentions. Cet ancien chef du service central des renseignements rwandais, âgé de 54 ans, est le premier Rwandais à être jugé, ce mardi, pour génocide, en France, devant la Cour d’assises de Paris. Vingt ans après le génocide rwandais de 1994, il est entre autres accusé de complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité, commis entre avril et juillet 1994. Un procès historique qui sera également entièrement filmé. Des ONG figureront sur le banc de la partie civile. Mais aucune victime ne sera présente, étant donné qu’elles n’ont pas été formellement identifiées par l’accusation.

S’il est méconnu en France, Pascal Simbikangwa est en revanche connu pour avoir été un grand tortionnaire au Rwanda. L’homme, qui appartenait au premier cercle des proches de la famille du Président Juvénal Habyarimana, est aujourd’hui affaibli et paraplégique. Selon l’accusation, il aurait été très souvent vu sur les barrages de Kigali, qui servaient à intercepter les tutsis en fuite. L’accusation qui a pu recueillir de nombreux témoignages à charge précise également que l’homme était avant tout un planificateur, qui aurait distribué des ordres. La défense devrait elle contester les accusations selon lesquelles le génocide aurait été planifié. Le verdict devrait tomber mi-mars, un peu avant les 20 ans du génocide. Pascal Simbikangwa risque, lui, la perpétuité.

L’épineux dossier des demandes d’extradition de Kigali

Ce procès pourrait être le premier d’une longue série, puisqu’une vingtaine de ressortissants rwandais attendent d’être jugés par la justice française pour complicité de génocide. D’où les relations houleuses entre Paris et Kigali. Depuis de nombreuses années, Kigali accuse en effet la France d’être un refuge pour les présumés génocidaires du fait de ses liens avec le régime du défunt Président rwandais Juvénal Habyarimana. Kigali réclame toujours à la justice française l’extradition de Claude Muhayimana, 52 ans, et Innocent Musabyimana, 41 ans, ainsi que celle l’ancien colonel rwandais Laurent Serubuga, recherchés pour leur participation présumé au génocide.

Si la Cour d’Appel de Paris s’est prononcée à la mi-novembre en faveur de l’extradition de Claude Muhayimana et Innocent Musabyimana, ce n’est pas le cas pour l’ancien colonel rwandais Laurent Serubuga. Ce dernier, interpellé le 11 juillet dernier à Cambrai, dans le nord de la France, fait toujours l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par le Rwanda, pour son rôle présumé dans le génocide de 1994. Preuve qu’il faut plus qu’un procès pour un apaisement des relations entre Kigali et Paris.

Video INA sur le génocide rwandais