Génocide rwandais : l’ancien préfet de Kigali jugé par le TPIR

Ce lundi marque le début du procès du colonel Tharcisse Renzaho devant le Tribunal International Pénal pour le Rwanda (TPIR), à Arusha, en Tanzanie. L’ancien préfet de Kigali est accusé de génocide et de viol. Il encourt une peine d’emprisonnement à perpétuité s’il est reconnu coupable des six chefs d’accusations qui l’accablent.

Tharcisse Renzaho, 63 ans, doit répondre, à Arusha, de six chefs d’accusation répertoriés par le TPIR, le tribunal chargé de rechercher et de juger les principaux responsables présumés du génocide rwandais. Selon les Nations Unis, en 1994, le drame rwandais a fait plus de 800.000 morts, essentiellement tutsies.

L’ouverture de ce procès est très attendue du fait de l’ampleur des massacres perpétrés dans la capitale rwandaise pendant le génocide, et parce que les audiences ont été suspendues depuis la mi-décembre pour vacances judiciaires. En effet, l’ancien préfet de Kigali a plaidé non coupable aux six chefs d’accusations qui lui sont reprochés, à savoir : génocide, complicité dans le génocide, assassinat en tant que crime contre l’humanité, viol en tant que crime contre l’humanité, assassinat en tant que crime de guerre et viol en tant que crime de guerre d’après un correspondant de l’AFP.

Jonathan Moses, représentant du procureur a déclaré que « M. Renzaho avait transformé la préfecture de Kigali en l’un des centres des opérations des forces génocidaires » et, qu’ « il avait incité le viol des femmes tutsies qui selon lui devait servir de nourriture aux militaires ». D’après la chaîne anglaise, BBC, si M. Renzaho est jugé coupable à l’issue du procès, il encourt une peine d’emprisonnement à vie. Ce procès est important car l’ancien préfet, en complicité avec l’abbé Wenceslas Munyeshaka qui vient d’être condamné par contumace par un tribunal rwandais, a, selon l’accusation, ordonné de tuer de nombreux tutsies à la paroisse de l’église Sainte Famille, au centre pastoral Saint Paul et au centre d’éducation des langues africaines à Kigali.

La longue fuite de Renzaho

Originaire de Kigarama, Thartisse Renzaho, ingénieur de formation, a effectué l’essentiel de sa carrière au sein de l’armée rwandaise (far) avant d’être nommé au poste de préfet de Kigali le 5 octobre 1990, trois jours après le déclenchement de la rébellion du Front Patriotique Rwandais( FPR, actuellement au pouvoir). Sa nomination a coïncidé avec des arrestations massives, à travers le pays et particulièrement à Kigali, de milliers de tutsies.

Après la déroute du régime hutu face au FPR, il a pris le chemin de l’exil, d’abord en République Démocratique du Congo puis au Kenya. M. Renzaho a échappé en 1997, à Nairobi, à une tentative d’arrestation menée par le TPIR. Il est retourné en RDC où il a combattu les troupes rwandaises aux côtés de l’armée congolaise. Il a été arrêté fin septembre 2002 par le président Joseph Kabila sous les recommandations du chef d’Etat américain George W. Bush. Il a été immédiatement transféré au centre de détention du TPIR.

Le conseil de sécurité des Nations Unies a demandé au TPIR, qui a prononcé à ce jour 27 condamnations et 5 acquittements, de terminer les procès en première instance en 2008.