Génocide rwandais : Félicien Kabuga se cache-t-il au Kenya ?

Considéré comme un des cerveaux du génocide rwandais de 1994, Félicien Kabuga, un proche de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, est insaisissable depuis onze ans. Les Etats-Unis offre 5 millions de dollars pour sa capture. Il se cacherait au Kenya après une longue pérégrination qui l’a conduit dans plusieurs pays.

Les autorités américaines en sont presque sûres : Félicien Kabuga, le financier présumé du génocide Rwandais de 1994, se cacherait au Kenya. « J’ai vu des photos de lui dans certaines parties du Kenya (…). Depuis mon arrivée ici la nuit dernière, j’ai reçu de nouvelles sur sa présence à Nairobi », a déclaré lundi lors d’une conférence de presse dans la capitale kenyane Stephen Rapp, l’ambassadeur extraordinaire des Etats-Unis en charge des crimes de guerre.

Ce n’est pas la première fois que Félicien Kabuga, mis en accusation depuis le 31 août 1998 par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), pour génocide et crime contre l’humanité, est soupçonné de se cacher au Kenya. Déjà en juillet 1997, dans le même pays, il avait échappé de peu à une opération baptisée « Naki », lancée par le TPIR pour l’interpeler. Il se trouvait alors dans une résidence à Karen, un quartier de Nairobi. Moins d’un an plus tard, en avril 1998, il sera de nouveau localisé par les enquêteurs du TPIR, dans une maison jouxtant celle de Gidéon Moï, l’un des fils de Daniel Arap Moï l’ancien président kenyan.

Le TPIR accusera même ce dernier et son entourage d’avoir protégé le fugitif et facilité son départ, en l’avertissant peu avant le déclenchement de l’opération. Daniel Arap Moï démentira sans convaincre le TPIR, qui produira une note manuscrite attestant qu’un officier de la police était en contact avec Kabuga, peu avant le déclenchement de l’opération « Naki ».

Comme à l’époque de Daniel Arap Moï, les nouvelles autorités kenyanes ont indiqué lundi n’avoir pas eu de nouvelle de l’homme recherché. « Nous avons demandé à nos services de sécurité de localiser et d’arrêter M. Kabuga, mais ils n’y sont pas parvenus et c’est ce qui me conduit à croire les informations en notre possession selon lesquelles Monsieur Kabuga n’est pas dans ce pays », a réagi le premier ministre kenyan, Raila Odinga.

Félicien Kabuga : un véritable courant d’air

Né en 1935 dans la préfecture de Byumba au Rwanda, Félicien Kabuga est un homme d’affaires hutu très riche, dont la fortune dépasserait les 20 millions de dollars. Au moment du déclenchement du génocide rwandais, il est membre du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), alors au pouvoir. Il est aussi président de la Radio-télévision des mille collines (RTML), qui sert de porte voix aux planificateurs du génocide. C’est fort de ces titres qu’il aurait financé, à travers un «fonds pour la défense nationale », l’achat des machettes qui ont permis aux interhamwe, les miliciens génocidaires, de perpétré les massacres qui ont coûté la vie à plus de 800 000 personnes. D’où le surnom de « financier du génocide ».

Face à l’avancée des troupes du Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagamé lancées dans la reconquête du pouvoir, il fuit le Rwanda et se réfugie en Suisse en juin 1994. Mais le gouvernement helvétique refuse de lui accorder asile et l’expulse dès le mois d’août. Il s’envole vers la République démocratique du Congo, appelée Zaïre à l’époque. Mais le TPIR se lance à ses trousses. Il devient alors un véritable courant d’air, insaisissable. En septembre 1998, on le signale en Asie du Sud-Est. Deux ans plus tard, des témoins affirment l’avoir vu en Belgique, où réside alors sa femme.

Puis ce sera le Kenya. C’est dans ce pays qu’en juin 2002, les Etats-Unis offrent par voie médiatique, une prime pour sa capture. Agissant dans le cadre de « Rewards for Justice », un programme fédéral dédié à la traque des grands criminels déjà mis en place pour le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, Pierre-Richard Prosper, alors ambassadeur des Etats-Unis pour les crimes de guerre, publie une annonce dans « The Nation », un quotidien kenyan, offrant 5 millions de dollars pour sa capture.

Jusqu’ici, ni la prime offerte par les Etats-Unis, ni le mandat d’arrêt international lancé contre lui n’ont permis d’arrêter Félicien Kabuga. Par ailleurs, il a toujours clamé son innocence, mais il ne souhaite pas se présenter devant le tribunal.