Gbagbo et Ouattara, deux présidents pour une Côte d’Ivoire

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Laurent Gbagbo et Alassane ouattara ont été investis président de la Côte d’Ivoire samedi après-midi. Le premier, au palais présidentiel à Abidjan, tandis que le second a prêté serment par courrier. Le Premier ministre, Guillaume Soro, a reconnu la victoire de M. Ouattara qui l’a reconduit dans ses fonctions. La tension demeure extrême dans le pays.

Qui gouvernera la Côte d’Ivoire, Gbagbo ou Ado ? Ni l’un ni l’autre ne paraît prêt à céder le fauteuil de président. Laurent Gbagbo a été investi peu après 15 heures, au palais présidentiel à Abidjan. « Devant le peuple souverain de Côte d’Ivoire, je jure solennellement et sur l’honneur de respecter et de défendre fidèlement la Constitution, de protéger les droits et libertés des citoyens, de remplir consciencieusement les devoirs de ma charge dans l’intérêt supérieur de la Nation», a-t-il déclaré devant les caciques de son parti, sa femme Simone et de nombreux partisans. «Que le peuple me retire sa confiance et que je subisse la rigueur des lois si je trahis mon serment», a-t-il ajouté. Nul diplomate occidental, nul représentant de l’ONU n’était présent à la cérémonie. Mais pour Laurent Gbagbo, qui a réaffirmé sa position de défiance vis à vis de la communauté internationale, « la souveraineté de la Côte d’Ivoire, c’est elle qu’il s’agit de défendre, et elle ne se négocie pas ».

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Dans le même temps, celui qui a obtenu le soutien de la communauté internationale, Alassane Ouattara, affirmait avoir prêté serment «en qualité de président de la République de Côte d’Ivoire». Par un courrier envoyé au président du Conseil constitutionnel Paul Yao N’dré, daté de vendredi et déposé « samedi matin », selon son entourage, M. Ouattara a adressé sa « prestation de serment » manuscrite de président. « Les circonstances exceptionnelles que vit la Côte d’Ivoire en ce moment ne me permettent pas de prêter serment en personne devant le Conseil constitutionnel », a expliqué M. Ouattara. Il a aussi adressé une copie du courrier au représentant de l’ONU en Côte d’Ivoire, Youn-jin Choi, qui avait validé sa victoire à la présidentielle du 28 novembre, la veille.

Soro rejoint Ouattara

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Alassane Ouattara a obtenu un nouveau soutien de poids ce samedi, avant l’investiture de Laurent Gbagbo. Celui de Guillaume Soro. « Nous reconnaissons que M. Alassane Ouattara est le vainqueur de cette élection », a déclaré le Premier ministre ivoirien devant la presse, dans un grand hôtel d’Abidjan, jugeant « injuste et inacceptable » la décision du Conseil constitutionnel de proclamer M. Gbagbo vainqueur l’élection avec 51% des voix et invalidant les résultats de la commission électorale qui donnaient son rival en tête avec 54%. Guillaume Soro, chef de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN) qui contrôle le nord du pays depuis le putsch manqué de 2002, a annoncé qu’il allait remettre à Alassane Ouattara la démission de son gouvernement. Mais ce dernier l’a reconduit dans ses fonctions. « J’accepte votre démission et je vous reconduis dans vos fonctions de Premier ministre », a répondu M. Ouattara, le chargeant de « prendre la main et conduire les affaires courantes ».

L’Union africaine reconnaît Ouattara

Après avoir obtenu les félicitations du président américain Barack Obama, de l’Union européenne, ce fut au tour de Nicolas Sarkozy de soutenir Alassane Ouattara ce samedi matin, qu’il considère comme le vainqueur «incontestable» et «légitime» des élections. Et dans l’après-midi, c’est l’Union africaine qui a appelé au respect des résultats de la Commission électorale ivoirienne désignant Alassane Ouattara vainqueur du scrutin. Elle a «exprimé le rejet total (…) de toute tentative visant à créer un fait accompli pour saper le processus électoral et remettre en cause la volonté populaire». Le Conseil pour la paix et la sécurité de l’UA a par ailleurs avalisé une décision du président de la commission de l’UA, Jean Ping, de charger l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki d’une «mission d’urgence» en Côte d’Ivoire.

Les opposants de Laurent Gbagbo, au pouvoir depuis 2000, ont manifesté contre son investiture. Des barricades ont été installées dans les rues d’Abidjan et des pneus ont brûlé toute la journée. Dans la nuit de vendredi à samedi, deux hommes sont morts dans de violents affrontements opposant partisans d’Alassane Ouattara et de Laurent Gbagbo. Ce samedi soir, où le climat demeure tendu, le pays s’apprête à vivre une nouvelle nuit difficile.