Gasandji fait du Gasandji

Il aura fallu quatre ans à Gasandji pour sortir, au Printemps, son premier album. La chanteuse congolaise à la voix suave peut respirer un bon coup après s’être livrée sans tabou dans cet opus aux sonorités musicales métissées, où jazz, soul, reggae et rumba congolaise s’entremêlent. Portrait d’une authentique.

Sa guitare est posée à ses côtés. Sirotant son jus de fruits dans son fameux café parisien, Gasandji semble désormais apaisée. Ce n’était pas encore le cas il y a quelques mois pour la trentenaire filiforme, aux traits fins, mesurant pas moins d’1 mètre 80. Juste avant la sortie de son premier album. La chanteuse congolaise aux cheveux rasés de près, vêtue de façon décontractée, portant une écharpe colorée autour de son cou, et des baskets orange, vivait encore dans un tourbillon de pression qui lui semblait interminable.

Elle a travaillé sur son fameux « bébé » durant quatre ans ! « Il fallait qu’il sorte ! Je n’en pouvais plus. J’étais comme une femme enceinte qui devait accoucher au plus vite ! », raconte-t-elle dans un grand éclat de rire. Comme à son habitude, elle reste égale à elle-même, en toute simplicité. Même pour un premier contact, elle s’exprime à cœur ouvert. La polyglotte, qui parle le lingala, sa langue maternelle, le français, l’anglais et l’allemand, ne regrette pas les difficultés qu’elle a rencontrées lors de la création de cet album. Et Dieu sait qu’elle en a connu des déboires avant de réaliser ce rêve qui lui était cher.

Sa collaboration avec son premier producteur a accouché d’une souri. L’album n’est jamais sorti. Elle décide finalement de poursuivre son projet. Mais seule. Même si elle a depuis le début créé son propre label pour produire son opus, « on faisait tout à ma place. » Une frustration qui la pousse à écrire ses propres chansons. « J’ai commencé à écrire une, deux, puis trois chansons… ». Autodidacte, elle a aussi trouvé sa propre façon de jouer de la guitare, qui est unique. J’ai une manière très personnelle de jouer. Je joue ce que j’ai envie d’entendre, ce qui étonne de nombreuses personne ! », affirme-t-elle en riant.

« Cet album est ma carte d’identité »

Peu importe le temps qu’elle aurait pris à le faire, son premier album devait refléter sa personnalité « car avant, je passais mon temps à imiter d’autres chanteurs. Je me suis rendu compte que ce n’était pas moi. Cet album-ci est mon passeport. Ma carte d’identité. Avant j’étais une sans-papiers. Maintenant on me connaîtra dans le monde grâce à cet album », dit-elle dans un nouveau grand éclat de rire. « On dit que le premier album est toujours le plus long à faire. Ce travail de recherche pour imprimer ma propre personnalité m’a pris beaucoup de temps. » Aujourd’hui, elle est fière du résultat et ne regrette rien des embûches du passé. « Au contraire, elles m’ont permis de donner le meilleur de moi-même. Je n’aurai sans doute pas obtenu ce résultat sans elles », assure-t-elle.

La voix suave, c’est toujours tout en douceur et avec beaucoup de grâce que Gasandji chante. Un souffle mélodieux, pénétrant l’âme de celui qui l’entend. Révélant sans doute les peines profondes de la Congolaise, qui a perdu sa mère lorsqu’elle n’avait que deux ans. Moment douloureux de sa vie qu’elle raconte dans le titre Maman, elle ne m’a pas dit. Celle qui l’a mise au monde « est partie trop tôt. Elle n’a pas eu le choix ». Ni le temps de l’éduquer et lui montrer le chemin à prendre. « Je n’ai plus de souvenirs d’elle. La seule chose dont je me souviens c’est un flash au moment de sa disparition, alors que je poussais un grand cri car tout semblait s’écrouler autour de moi. Mais je sais que de là où elle est, elle me protège ». Une certitude qui la réconforte. C’est son père, décédé il y a un an, qui a joué le rôle de père et celui de mère à ses côtés.

Cadeaux du ciel

Mère de deux petites filles (trois et cinq ans), ses « cadeaux du ciel », Gasandji dit avoir un nouveau regard sur le monde, depuis que celles qui l’inspirent ont vu le jour. « Grâce à elles, j’apprends à relativiser, je suis plus zen, apaisée. Je ne suis plus impatiente. Je sais que chaque chose doit arriver au bon moment. »

Celle qui s’est inspirée de Bob Marley, Aretha Franklin, Otis Reding, a opté pour des titres aux sonorités métissées, où jazz, rumba congolaise, reggae s’entremêlent. Et c’est majoritairement en lingala, sa langue maternelle, qu’elle les interprète, puisant au plus profond d’elle-même pour que ses titres soient les plus authentiques possibles. Dans son album, elle parle également de ses rencontres qui lui ont permis d’en arriver là où elle est aujourd’hui et de ses différents voyages. Elle a en effet beaucoup voyagé grâce à son père ingénieur, qui se déplaçait régulièrement pour les besoins de son travail.

Une vie de voyage

Elle, qui a vu le jour à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC), commence à parcourir le monde dès l’âge de 3 ans. « Avec mon père nous avons vécu en Centrafrique, au Congo Brazzaville, au Cameroun et dans d’autres pays d’Afrique ». Mais l’arrivée du multipartisme dans les années 90 dans le continent, causant la recrudescence des grèves et dysfonctionnements dans l’enseignement, pousse son père à l’envoyer étudier en France. Agée de 13 ans, elle y débarque seule, avant d’intégrer un internat dans le quartier Saint-Germain, à Paris. Bien qu’elle dépose sa valise dans l’Hexagone, elle effectuera régulièrement des séjours entre l’Angleterre et l’Allemagne.

Elle n’a pour autant pas oublié la République démocratique du Congo, sa terre natale. Les viols de masse dont sont victimes les femmes dans l’est du pays la mettent en rogne et la marquent profondément ! Même si elle a intégré l’association Save the Congo qui vient en aide aux populations en souffrance dans la région, elle refuse pour autant qu’on la désigne comme une chanteuse engagée, estimant qu’elle ne fait que son devoir de citoyenne. « Les exactions ne peuvent plus continuer en RDC ! Tant que ce pays ne guérira pas, l’Afrique ne pourra pas se développer », déplore-t- elle. Elle est sûre d’une chose : c’est la société civile qui pourra changer cette situation et non les politiques. Elle, de son côté, continuera à mettre sa pierre à l’édifice, en faisant ce qu’elle sait le mieux faire : chanter pour interpeller sur cette question, comme elle l’a fait dans le titre Libella.

Vraie sur scène

Pourtant chanter était loin d’être gagnée pour Gasandji, qui signifie en lingala : « celle qui éveille les consciences ». Alors qu’elle a une fibre artistique depuis l’enfance, son père a refusé qu’elle fasse de la musique. « Dans la famille, c’était mal vu. On me demandait comment j’allais m’en sortir avec ce métier. Mais j’ai bataillé contre vents et marées pour atteindre mon but car il n’y avait pas d’autres chemins pour moi ».

Même si les études sont loin d’être sa tasse de thé, elle décroche tout de même son diplôme en Commerce international et marketing pour faire plaisir à sa famille, tout en sachant qu’il lui servirait à concrétiser son projet.
Celle qui a toujours su qu’elle était faite pour créer, s’inscrit dès 11 ans dans un club de danse moderne avant de se mettre à la musique à 20 ans. Age où elle s’inscrit dans une école de chant de jazz. Un projet qu’elle ne lâchera plus jamais. Celle qui s’est produit lors du Festival de musique des Francofolies, à la Rochelle, et plusieurs fois devant la diaspora congolaise, ambitionne de conquérir le public africain.

Sur scène, Gasandji qui se produira dans toute la France, en Belgique aussi, a une relation viscérale avec son public qui, selon elle, ne doit faire qu’un avec elle. Electrique, elle lui donne tout ce qu’elle a dans les tripes : sautant, dansant, exprimant tout ce qu’elle contient au plus profond d’elle, jusqu’à même verser des larmes. Comme au quotidien, sur scène elle ne triche pas. Elle est elle-même. Elle fait du Gasandji.

Le site de Gasandji