Gabon : la victoire du parti au pouvoir aux élections locales contestée

Le ministre gabonais de l’intérieur, André Mba Obame, a rendu publics vendredi dernier les résultats des élections locales du 27 avril dernier. Selon ces résultats, le Parti Démocratique Gabonais(PDG) au pouvoir depuis 40 ans a raflé plus de la moitié des sièges des conseils départementaux, municipaux et d’arrondissements du pays. Près de 70% des électeurs se sont abstenus. Et l’opposition accuse le parti vainqueur d’avoir acheté les voix de nombreux électeurs.

Notre correspondant à Libreville

Le PDG s’est imposé et a confirmé sa main mise sur les collectivités locales en raflant un peu plus de 1110 sièges sur les 1990 que compte le Gabon. Il a conservé ses bastions traditionnels du Haut Ogooué, de l’Ogooué Lolo, de l’Ogooué Maritime, du Woleu-Ntem et du Moyen Ogooué. Au centre et au Sud du Gabon, ainsi qu’à Libreville, la bataille n’aura pas été facile pour l’ancien parti unique qui sera obligé de faire des compromissions et des alliances avec les partis politiques de l’opposition dans la gestion des collectivités locales de ces localités.

Ces élections ont été marquées par la montée de l’Union Gabonaise pour la Démocratie et le Développement (UGDD, opposition) de Zacharie Myboto, ancien baron du parti au pouvoir(PDG). Ce parti a remporté plus de 160 sièges dans l’ensemble du pays et a fait les meilleurs scores dans le Haut Ogooué, l’Ogooué Lolo et le Moyen Ogooué. L’UGDD se présente donc comme la principale force de l’opposition à l’issue de ce scrutin bousculant derrière lui l’Union du Peuple Gabonais (UPG) de Pierre Mamboudou qui s’était présenté comme le chef de fil de l’opposition après les élections législatives de 2006.

Les partis politiques de l’opposition, l’UPG et l’UGDD notamment ont dénoncé après le scrutin du 27 avril dernier, certaines pratiques qui avilissent la démocratie au Gabon. Il s’agit notamment du transfert des électeurs et de l’achat des consciences. Plusieurs grandes villes du Gabon ont été vidées en partie pendant le week-end électoral de leurs populations. Les villages grouillaient de monde et étaient remplis de gens qui venaient parfois pour la première fois à l’occasion de ce scrutin.

Une démocratie discréditée

« Cette pratique de transfert des électeurs ternit l’image de notre jeune démocratie et tue politiquement les jeunes partis qui n’ont pas suffisamment d’argent pour payer les tickets de voyages aux électeurs de luxe », a déclaré le responsable politique de l’UGDD dans le département du Cap Estérias (30 km au nord de Libreville), Michel Moudaba.

« C’est une forme moderne de suffrage censitaire et notre pays faute de tomber dans l’anachronisme politique doit rapidement abolir cette vieille coutume qui pérennise le pouvoir politique des élus qui n’ont aucune légitimité et qui n’ont que des billets d’argent pour convaincre. » a-t-il poursuivi. Aussi, a-t-il rappelé que les collectivités locales et les zones rurales ne sauraient connaître un véritable développement sans des élections transparentes et libres laissant la voix aux populations locales qui maitrisent les enjeux politiques et économiques de leurs localités.

Le scrutin du 27 avril dernier à été marqué également par un fort taux d’abstention, près de 70%. Selon Germain Nziengui, scrutateur lors des dernières élections et observateur de la vie politique nationale depuis plusieurs années, « les populations se sentent trompées par les hommes politiques animés par l’esprit d’égoïsme et à la recherche de leur propre positionnement ». « Ils ont tout promis au peuple et ils n’ont rien donné. Les populations au fil du temps ne voient pas le changement qu’ils votent. Et bouder les urnes est devenu depuis 2002, le seul moyen d’expression de ces électeurs abusés», a-t-il ajouté.

Rappelons que ces résultats publiés par le ministère de l’Intérieur et contestés par l’opposition sont soumis à la Cour constitutionnelle qui se prononcera dans les prochains jours, après avoir procédé à l’examen du contentieux électoral. Le vainqueur de cette consultation électorale aura sans doute toutes les chances entre les doigts pour gagner les élections sénatoriales prochaines.

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