Frictions dans l’opposition togolaise : Nicolas Lawson critique Jean-Pierre Fabre

Nicolas Lawson, le candidat Parti Républicain pour la Rédemption (PRR), a demandé lundi à Jean-Pierre Fabre de cesser ses marches de protestation, et ce pour le bien du peuple Togolais. Il a aussi fait entendre qu’il était prêt à mettre son talent au service du pays. Un appel du pied au parti au pouvoir pour entrer au gouvernement ?

D’un opposant à l’autre, les positions divergent. Le candidat à la présidentielle du 4 mars Nicolas Lawson a demandé à celui de l’Union des Forces du Changement (UFC), Jean-Pierre Fabre, de cesser les manifestations. En effet, depuis l’annonce des résultats jusqu’à ce jour, Jean-Pierre Fabre, soutenu par le Front Républicain pour l’Alternance et le Changement (FRAC), marche au côté de ses partisans pour contester la victoire de Faure Gnassingbé, validée par la Cour Constitutionnelle. Face à cette protestation, le candidat du Parti Républicain pour la Rédemption (PRR), bon dernier des sept présidentiables avec 0,29% des voix, a convoqué les médias à son siège ce lundi. Objectif : lancer une missive à l’adresse du secrétaire général de l’UFC et une façon de reconnaître le succès du président sortant. Selon lui, « le combat que mènent Jean Pierre Fabre et ceux qui l’encouragent, est un combat d’arrière-garde et voué à l’échec. Il n’est pas prouvé qu’il a gagné l’élection présidentielle du 4 mars 2010 ». Ne mâchant pas ses mots, Nicolas Lawson a demandé à Jean-Pierre de cesser de déstabiliser le pays qui doit s’atteler à redresser son économie. Il a exhorté, par ailleurs, le candidat malheureux de l’UFC à « prendre conscience de ce que coûte ce comportement au pays. On ne peut plus se permettre de gaspiller le temps des Togolais.»

La faute à l’opposition

Même si le président du PRR assure que les résultats proclamés ne sont pas ceux des urnes, la faute de ce coup de force, selon lui, revient surtout à l’UFC, mal organisé. Et d’abord aux délégués corrompus envoyés par le parti pour observer le scrutin dans les différentes CELI. « C’est en connivence avec ceux du RPT, du CAR et d’autres que la manipulation a été organisée ». Pour l’homme politique, il ne sert plus à rien de crier à la fraude, alors même que « il ne fait plus de doute que Mr Faure Gnassingbé sera encore en charge du destin national ». Au passage, Nicolas Lawson n’oublie pas de tacler le manque de stratégie du principal parti de l’opposition. « On a échoué dès le moment où on a demandé aux Togolais de marcher pour obtenir qu’un 2e tour soit instauré lors des présidentielles. » A la fin de l’année 2009, l’opposition avait même menacé de ne pas y participer s’il n’obtenait pas gain de cause.

Pourtant, la position du trublion de la politique togolaise pose également question, tant il n’a cessé d’insister sur la disponibilité du PRR, se disant prêt à « mettre notre talent et notre imagination au service du pays. » Malgré ses attaques récurrentes contre le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT), parti au pouvoir, l’homme semble disposé à travailler au sein de son prochain gouvernement. Sera-t-il sollicité par Faure Gnassingbé ? Ses détracteurs accusent l’homme déjà présent aux élections de 2003 et de 2005 de n’être qu’un élément de diversion mis en place par le RPT. « C’était déjà une méthode propre à la politique d’Eyadema Gnassingbé. Il finançait des partis fantoches pour donner l’image d’une élection démocratique et plurielle », analyse un observateur de la scène politique togolaise. Nicolas Lawson a même conseillé à Jean-Pierre Fabre de laisser tomber afin de « jouer un rôle majeur dans la restructuration politique » du pays.

De son côté, le leader de l’UFC a rejeté ces « recommandations », arguant qu’il « n’a pas de leçon à recevoir d’un candidat aux propos incohérents. » Pourtant, la détermination du FRAC alimente tous les commentaires des rues togolaises. Vont-ils plier ? Continueront-ils à marcher encore longtemps ? Les membres du Front se disent toujours aussi décidés mais semblent maintenant prêts à la négociation avec le RPT. Une première réunion de dialogue s’est d’ailleurs tenue entre l’opposition et le pouvoir, vendredi 26 février. Celle-ci a abouti au report de la marche du samedi suivant. Pourtant, le FRAC ne renonce apparemment pas à ce mode de pression, même si le gouvernement lui a désormais intimé l’ordre de ne plus protester dans les artères de la ville. Une autre manifestation est prévue pour ce samedi 3 avril.