François Xavier Verschave est mort

François Xavier Verschave est décédé mercredi 29 juin des suites d’un cancer. Il avait 59 ans. Membre fondateur de l’ONG Survie, il était l’auteur ou co-auteur d’une vingtaine d’ouvrages explosifs sur les relations économico-politiques entre la France et ses anciennes colonies. Il s’était donné pour mission de dénoncer les relations occultes qu’entretenaient dirigeants français et chefs d’Etats africains, nébuleuse désormais connue sous le nom de « Françafrique ».

Par Anna-Alix Koffi

Soupirs de soulagement dans les salons feutrés de l’Elysée, l’avocat de la dignité africaine n’est plus. François Verschave a été emporté, mercredi, par un cancer à l’âge de 59 ans. Il s’était notamment illustré dans son combat pour la vérité dans les relations franco-africaines. Celui qui n’avait de cesse de nous montrer l’envers du décor, notamment avec une série de livres sulfureux pour la France et les dirigeants de certaines anciennes colonies africaines.

Contre le soutien de la France aux dictatures en Afrique

Économiste de formation, François Xavier Verschave a d’abord lutté pour des actions politiques contre « l’extermination par la faim », premier combat duquel est née en 1984 l’antenne française de l’ONG Survie, dont il prendra la présidence en 1995. Les buts de l’organisation sont clairs : veiller à ce que l’argent public ne soit pas détourné de la lutte contre la pauvreté, mettre un terme aux pratiques souterraines de la politique franco-africaine, établir des mécanismes de prévention et de répression des crimes contre l’Humanité et des génocides.

Survie, au fait des rouages de la politique africaine de la France, multiplie les mises à l’index. La dérive génocidaire du Rwanda est dénoncée dès 1993, en 1996 lors de la participation un contre G7, c’est le mépris français envers la créativité politique, culturelle et l’esprit d’initiative des Africains qui est fustigé. En juillet 2000, François Xavier Verschave crée BPEM « Biens publics à l’échelle mondiale », une antenne de Survie ayant pour vocation de promouvoir et de relayer les revendications citoyennes favorables à la construction d’un monde plus équitable. Plus récemment en 2004, Survie lançait « les dictateurs amis de la France ! ? », une campagne contre le soutien de la France aux dictatures en Afrique.

Sentinelle médiatique

Sur tous les fronts avec son ONG, Verschave n’hésitait pas à s’engager à titre personnel, les tribunes et les entretiens publiés dans divers titres, la vingtaine d’ouvrages signés, témoignent d’un ardent désir de vérité et de justice. De de Gaulle à Chirac sans omettre Mitterrand père et fils, politiques et hommes d’affaires français n’échappent pas à la diatribe d’un véritable investigateur. Selon Verschave, l’indépendance des anciennes colonies n’était qu’un leurre, dès les années soixante, le Président de Gaulle chargeait Jacques Foccart, son principal collaborateur, d’ériger un système qui allait aliéner les pays d’Afrique, les asservir à la métropole : la Françafrique était née. Un système éponyme d’un livre dédié que Verschave publie en 1998. Clientélisme, amitiés privilégiées, argent et fraudes électorales organisées et assassinats Verschave a trouvé quatre mobiles pour ces indépendances avortées : le rang de la France aux Nations Unies devait nécessiter un réseau de clientélisme, un accès garanti aux matières premières, l’apport financier pour les activités politiques du gaullisme, pour finir, la France jouait un rôle de sous traitant des Etats-Unis dans la guerre froide.

Idriss Déby, Omar Bongo Denis Sassou Nguesso épinglés

La quête de vérité de Verschave n’a jamais épargné les chefs d’Etats africains accusés de jouer le jeu de la France afin de se maintenir au pouvoir. En 2000, Noir silence vaut à l’auteur et à son éditeur Laurent Beccaria un procès pour « offense à chefs d’Etat étranger ». Idriss Déby (Tchad), Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo Brazzaville), se seront sentis trop exposés. Malgré la verve de leur défenseur commun, l’avocat Jacques Vergès, les trois Présidents se sont vus déboutés, le tribunal reconnaissant le sérieux de l’investigation de l’auteur.

Malgré les efforts du serviteur de la dignité africaine, plusieurs pays du continent semblent demeurer les antichambres du pouvoir français. Quelle est la force d’un tel système et quand en est il de ceux qui souhaitent s’en défaire ? Verschave était, en autre, là pour nous éclairer. Il s’en est allé. Avec lui une des clefs des dessous de la « Françafrique » disparaît. Malheureusement trop tôt.