France Télévisions à l’heure de la diversité

Un Comité permanent de la diversité afin que France Télévisions « aille plus loin » et reflète mieux « la société qu’elle est censée représenter » sur ses antennes et à l’intérieur du groupe a été mis en place, mercredi. A la tête de l’organe, l’ancien président du groupe et du Conseil supérieur de l’audiovisuel, Hervé Bourges.

Le groupe France Télévisions s’est officiellement doté mercredi d’un Comité permanent de la diversité présidé par Hervé Bourges. Ses missions principales : aider à évaluer et à orienter sur le long terme la politique du groupe en matière de diversité, la mesurer au travers des indicateurs de suivi, qu’il aura mis en place, à l’écran et au sein de l’entreprise. Cette « brigade légère », comme l’a qualifiée son président, « aidera chaque responsable (du groupe) à accoucher le plus vite des idées qu’il avait pour l’instant gardées à l’état d’embryon dans son esprit ». L’installation de ce comité, a estimé Christine Albanel, la ministre de la Culture, est l’expression « d’une impulsion, d’une volonté politique », l’audiovisuel public étant « le média du lien et de la cohésion sociale ».

Dix ans après avoir été à l’initiative, en tant que président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), de la première initiative institutionnelle en faveur de la diversité, Hervé Bourges se retrouve à la tête d’un comité composé de 16 membres répartis en deux collèges. Le premier réunit des personnalités extérieures à l’entreprise, comme le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, le second, des collaborateurs du groupe, à l’instar de la rédactrice en chef adjointe de France 3, Audrey Pulvar. Elle fait partie des rares figures de la diversité visibles sur les antennes de l’audiovisuel public, qui mène néanmoins, au travers de ses fictions et programmes une politique active en la matière. De même que des actions un peu plus « souterraines », selon son président Patrick de Carolis, quand il s’agit du soutien apporté aux jeunes de la diversité, inscrits notamment à Sciences Po, en leur octroyant des bourses. L’entreprise ouvre également ses portes à ceux intéressés par les métiers de l’audiovisuel.

Qu’en pensent-ils ?

 Manu Dibango, musicien

« Il y a 10 ans, on en a rêvé (à travers le Collectif Egalité créé par la romancière Calixthe Beyala ). Aujourd’hui, d’autres prennent le relais. On a simplement envie de voir le scénario, mis en place par Hervé Bourges, se réaliser. »

 Myriam Seurat, présentatrice Météo sur France 2

« Je ne me vois pas en tant que figure de la diversité, mais en tant qu’être humain. Avec la constitution de ce comité, j’ai l’impression d’être un rat de laboratoire qu’il faut étudier avant de le mettre à l’antenne (…). Mais s’il faut en passer par là, c’est très bien. »

 Dominique Guihot, président de la radio panafricaine Africa n°1

« Elle vient après d’autres initiatives. Il faut espérer que ce soit la bonne. Je crois que c’est Lacan qui disait : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». On a envie d’avoir quelques preuves. »

« Des oreilles attentives » à la diversité au sein de France Télévisions

« Notre écran est blanc, parfois noir, rarement maghrébin, presque jamais asiatique », a constaté Hervé Bourges. La France est « en retard », souligne-t-il, comparé à d’autres pays quand il s’agit de diversité. « En France métropolitaine, il y a une seule députée noire (…) La télévision n’y échappe pas. Il y a de vrais problèmes qui se posent aussi bien dans les programmes que sur les antennes. On va essayer de les régler sans se substituer aux rédactions et aux responsables de programmes (…), et surtout (veiller) à ne pas laisser s’échapper des talents » à cause de leurs origines.

Après son Programme d’action positive en faveur de l’intégration (Papi), venu à échéance, cette année, France Télévisions franchit une nouvelle étape que d’aucuns pourraient considérer comme tardive. Christine Albanel voit les choses autrement. Elle considère que la réforme de l’audiovisuel permet aujourd’hui de relever ce défi. « C’est important qu’une structure comme France Télévisions montre l’exemple sur ces questions de présence, de visibilité, et de lutte contre les discriminations », estime Dominique Sopo.

Pour Yamina Benguigui, la cinéaste dont le téléfilm Aïcha, a réuni, il y a quelques semaines, 5 millions de téléspectateurs sur France 2, les membres de ce comité seront « des oreilles attentives » à un problème qui n’est pas « palpable ». La première réunion du Comité, qui devrait se réunir « quatre ou cinq fois en session plénière » en dehors de ces différentes commissions, est prévue le mois prochain.