France : le débat sur la laïcité et l’islam mort-né ?

Le président français Nicolas Sarkozy a limogé ce vendredi son conseiller chargé de la diversité, Abderrahmane Dahmane, qui a protesté contre le débat sur la laïcité et l’islam, fixé par l’UMP au mois d’avril. Un débat controversé à droite comme à gauche. La grande Mosquée de Paris a, elle, exigé son annulation.

Le débat sur la laïcité et l’islam focalise les critiques. Pour l’avoir critiqué jeudi, Abderrahmane Dahmane, le conseiller chargé de la diversité de Nicolas Sarkozy, a été limogé ce vendredi. « Je n’ai pas l’intention d’être le supplétif alimentaire de Sarkozy ou de Jean-François Copé », le secrétaire général de l’UMP, a-t-il déclaré. « Il vient de me rendre ma liberté, je vais me mettre en campagne pour défendre la dignité des musulmans de ce pays », a prévenu Abderrahmane Dahmane.

Jeudi soir, lors d’une réunion à la Grande Mosquée de Paris, l’ancien secrétaire national chargé de l’immigration dans le parti présidentiel n’a pas mâché ses mots : « L’UMP de Copé, c’est la peste pour les musulmans ». Il avait notamment appelé les musulmans du parti politique à « ne pas renouveler leur adhésion » tant que le débat n’est pas annulé. « Ce débat, voulu par Nicolas Sarkozy pour la défense des musulmans a été dévié parce qu’à l’UMP il y a des gens très proches du Front national », a-t-il déploré. De même, Abdallah Zekki, membre également du parti présidentiel, chargé de mission au Conseil français du culte musulman, a déchiré sa carte et appelé ses coreligionnaires à l’imiter. « Quel mépris a-t-on des musulmans pour croire qu’on va tomber dans le piège des règlements de comptes de l’UMP », a dénoncé Chafia Mentalechta, qui s’exprimait au nom d’une association de Franco-Algériens.

La Grande Mosquée de Paris dit non

Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a aussi affiché son mécontentement. Il a appelé jeudi le président de la République à annuler ce débat qui selon, lui, « n’a pas lieu d’être ». « Les citoyens musulmans de France ne doivent pas être les boucs-émissaires d’une situation de crise », a-t-il souligné. « Ne touchez pas au sacré de notre religion », a-t-il par ailleurs mis en garde dans une allusion au souhait exprimé par François Copé d’inclure dans le débat la question du prêche en français.

La position de François Copé ne fait pas l’unanimité au sein du gouvernement. Christine Lagarde, la ministre de l’Economie, a estimé sur France Culture ce vendredi, que « la droite républicaine mérite mieux que les débats proposés par la présidente du Front national Marine le Pen ».

Le parti socialiste, lui, dénonce « une machination, un piège à électeurs d’extrême droite ». Il a refusé d’entrer dans un débat qui « alimente les peurs », a réaffirmé sa secrétaire générale Martine Aubry.

Face à cette pluie de critiques, le débat, qui n’a pas encore eu lieu, semble avoir du plomb dans l’aile…