France : Convergences africaines change le regard des PME sur l’Afrique

Martin Yog

L’association Convergences africaines organise à compter de ce mercredi son troisième forum d’affaires à Besançon (Franche-Comté) en France. A force de travail, la petite association a su sensibiliser les PME-PMI françaises à l’intérêt d’investir durablement dans les économies d’Afrique subsaharienne. Elle aborde cette année une phase décisive de son histoire. Elle devrait voir, à l’issue du forum, des partenariats se concrétiser.

A la fin de leurs études supérieures en France, les chemins du Nigérian Paul Bamgbose, et du Camerounais Martin Yog se séparent pour quelques années. Ils expérimentent alors le marché du travail. L’un en Europe, en s’investissant notamment à ATD Quart monde, le Mouvement international de lutte contre la grande pauvreté et l’exclusion sociale, et dans la création des Restos du cœur, association française qui offre des repas gratuits aux personnes démunies, à Besançon. L’autre en Afrique où il monte un groupe d’entreprises.
Au début des années 2000, lorsqu’ ils se retrouvent en Franche-Comté, d’où sont originaires leurs femmes, ils partagent leurs années d’expérience.

Entretien avec Martin Yog et Paul Bamgbose

Afrik.com : Quel type de lien Convergences africaines tente-t-elle de tisser entre les acteurs européens et africains ?

Martin Yog :
C’est un lien humain, c’est pourquoi nous insistons sur la petite et moyenne entreprise. Actuellement en Afrique, les multinationales sont présentes, après une cinquantaine d’années, l’Afrique en est toujours au même point. Ces échanges économiques depuis les indépendances n’ont pas permis que se développe le continent africain, que les économies africaines se structurent de façon à être de réels marchés pour les petites et moyennes entreprises.

Afrik.com : Quelle est la spécificité de ce 3e forum ?

Paul Bamgbose :
Aujourd’hui, on voit des industriels. Il y a deux ans on voyait des commerciaux, au moins des gens qui cherchaient à vendre. Il y a une meilleure compréhension de ce que nous faisons, les gens ont compris qu’il s’agit là de dire qu’il faut produire en Afrique pour les Africains. Pourquoi ? Parce que chacun a le droit de contribuer à la production de ce qu’il consomme ! C’est légitime, c’est même éthique.

Afrik.com : Dans ce contexte, quel est le rôle de Convergences africaines ?

Martin Yog :
Aujourd’hui les diasporas africaines sont nombreuses dans le monde et elles sont toutes conscientes du fait qu’il faudrait qu’elles participent au développement économique sur le continent. Celles qui sont aux Etats-Unis vont travailler avec les opérateurs économiques américains, celles qui sont en Asie vont travailler avec les Asiatiques… Nous nous attelons d’abord à sensibiliser les entreprises franc-comtoises. Mais des des entreprises qui sont en dehors de Franche-Comté, même hors de France répondent également à cette action de sensibilisation. Cette année, le forum va accueillir, par exemple, des entreprises italiennes et hollandaises.

Afrik.com : Quel est l’intérêt pour les entreprises européennes d’investir en Afrique ?

Paul Bamgbose :
Quand vous investissez un euro en Europe, vous allez récolter quelques 35 centimes, si vous investissez un euro en Asie, vous allez récolter quelques un euro et demi. Si par contre vous investissez un euro en Afrique, vous en récoltez trois ! Cela parce que, entre guillemets, le risque qu’on encourt est deux fois, trois fois plus important. Du coup, on se dit que c’est mérité, ou du moins qu’on est en position de réclamer plus. Les produits manufacturés sont tellement rares sur les marchés que vous arrivez à vendre à un prix qui vous enchante !

Martin YogPaul Bamgbose

Les PME françaises en route vers l’Afrique

De leurs échanges naît un triste constat : les entreprises françaises peinent à développer de nouveaux marchés concurrentiels. Et l’Afrique est porteuse de nombreux projets mais manque d’investisseurs et de savoir-faire éprouvé. « Nous sommes bi-nationaux, des deux rives du grand fleuve, explique Martin Yog, chargé de projets au sein de l’association. Il nous est apparu absolument nécessaire de faire le lien entre les deux continents. »

C’est ainsi que Convergences africaines voit le jour. Si la plupart des dix membres de la très active association s’investissent autant, travaillant des heures bénévolement, c’est qu’ils ont conscience que personne ne le fera à leur place, comme le souligne Paul Bamgbose, président et co-fondateur de l’association : « Aujourd’hui tout le monde sait que le développement économique avec l’Afrique n’est une priorité ni pour nos décideurs, ni pour les acteurs économiques. Or, l’Afrique représente un marché qu’il va de l’intérêt de tous de développer. Puisque les institutions ne le font pas, il faut forcément que ça passe par des personnes comme nous, presque des militants.»

Cette année, les conseils régionaux du Doubs et de Franche-Comté ont accordé une aide financière à l’association qui lui permet de salarier Martin Yog, unique permanent de la structure.

Six ans de réflexion

Il a fallu beaucoup de temps avant de passer à l’acte et d’organiser, en 2007, un premier forum d’affaires, destiné à sensibiliser les entreprises françaises à l’intérêt des marchés africains. « Nous ne faisons pas une course de vitesse mais une course de fond, poursuit Paul Bamgbose. Pendant des années, nous avons rencontré et échangé avec les différents acteurs économiques. Avoir une bonne idée de leur perception de l’Afrique sur le plan économique et industriel, c’était important, c’est cela qui nous permet de savoir aujourd’hui comment agir avec les chefs d’entreprises françaises et africaines. Si l’on n’avait pas pris ce temps, pour notamment comprendre l’image qu’a l’Afrique auprès des industriels, peut-être que l’on se serait trompés. »

La stratégie semble porter ses fruits, six ans après sa création en 2004, Convergences africaines tourne une page importante de son histoire. Pour son troisième forum, qui démarre ce mercredi, elle espère créer de l’engagement, concrétiser les relations établies entre les porteurs de projet africains, les financiers et des porteurs de solutions techniques que sont les PME. Jusqu’au 29 octobre 2010, elle accueille à l’espace Micropolis de Besançon plus de 120 PME et PMI franc-comtoises, françaises et, pour la première fois, européennes. Preuve s’il en faut de la force de conviction de l’association et de l’intérêt grandissant des acteurs économique pour l’Afrique comme terre d’investissement.

 Convergences Africaines

10, rue Lavoisier 25000 Besançon – France

Tél : +33 (0)3. 81. 48. 04. 78

Tél : +33 (0)3. 81. 40. 08. 03

Email : contact@convergences-africaines.com

Site web : www.convergences-africaines.com

Le programme du 3e forum de Convergences africaines