France-Afrique contre Françafrique

Le 22ème Sommet France-Afrique, organisé du 19 au 21 février, donne lieu à des contre-manifestations. Les associations Agir ici et Survie tiendront  » Un autre sommet pour l’Afrique « , la Ligue des Droits de l’Homme et les sans-papiers comptent eux aussi faire entendre leur voix.

Paris accueille le 22ème Sommet France-Afrique du 19 au 21 février. Une quarantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement sont attendus, réunis autour d’un thème :  » Ensemble dans le nouveau partenariat « . Les débats doivent se dérouler à huis-clos et sans ordre du jour précis. On connaît pourtant les grands sujets qui y seront abordés : la paix et la sécurité, le développement et les réponses aux grands défis du monde actuel (le terrorisme, l’environnement ou encore le crime organisé). Certains dossiers d’actualité comme la crise irakienne, la Côte d’Ivoire, la Centrafrique, la République démocratique du Congo et Madagascar seront également au programme.

Alain Toussaint, porte-parole de Laurent Gbagbo, a annoncé lundi que le président ivoirien ne participerait pas au sommet, la situation exigeant qu’il « reste aux côtés de ses concitoyens ». Le chef de l’Etat ivoirien sera représenté par son nouveau Premier ministre Seydou Diarra et l’actuel ministre des Affaires étrangères Abou Dramane Sangaré. Quant au président malgache Marc Ravalomanana, qui s’est envolé pour Paris mardi,  » l’Union africaine sera obligée de supporter sa présence alors qu’elle ne le reconnaît pas encore « , ne manque pas de rappeler Midi Madagasikara.

L’autre sommet

En marge du sommet officiel, les organisations citoyennes Agir ici et Survie organisent  » Un autre sommet pour l’Afrique « ,  » pour apporter un contrepoint aux discours convenus sur ce nouveau partenariat et la  » renaissance africaine « . Pour dénoncer sans complaisance le sort réservé à ce continent « , explique-t-on chez Survie. Ce contre-sommet se veut  » l’expression des sociétés civiles françaises et africaines, un lieu d’expertise citoyenne, de témoignages et de propositions pour des relations franco-africaines renouvelées « . Dans ce cadre, après une rencontre littéraire organisée dimanche dernier, un concert contre la dette, aura lieu mardi soir au Cabaret sauvage, avec Tiken Jah Fakoly, Teofilo Chantre, El Hadj N’Diaye et Lokua Kanza.

Au moment de l’ouverture du sommet des chefs d’Etat au Palais des Congrès, mercredi,  » l’autre sommet  » ouvrira, lui, une conférence-débat sur le Nepad et appelle à manifester place de la République à 18h30. Il s’inscrit dans une dynamique de mobilisation qui devrait se poursuivre lors du Sommet euro-africain de Lisbonne (Portugal) en avril prochain et du G8 d’Evian (France), en juin.

Contre l’impunité

D’autres organisations ont également décidé de faire entendre leur voix à l’occasion de ce sommet  » Françafrique  » : la coordination nationale des sans-papiers dénonce  » les dictateurs responsables du massacre des populations africaines et de leur maintien dans la pauvreté qui viennent comme à l’accoutumée s’assurer du soutien politique, économique et militaire de leur ancienne puissance coloniale « . Quant à la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH), elle organisait mardi une conférence de presse et une manifestation,  » contre l’impunité  » et  » pour que les criminels ne soient plus traités comme des invités de marque mais répondent de leurs actes devant les tribunaux « .

La FIDH a d’ailleurs saisi la semaine dernière la Cour pénale internationale, accusant formellement le président centrafricain Ange-Félix Patassé, le rebelle congolais Jean-Pierre Bemba et le mercenaire tchadien Abdoulaye Miskine de crimes de guerre. Pour Sidiki Kaba, président de la Fédération,  » la France a toujours su tirer profit de ses relations avec ses anciennes colonies, ainsi qu’avec les pays qu’elle a su capter dans sa zone d’influence. Et l’ambiguïté qui a souvent prévalu dans ces liens économiques et diplomatiques a consacré pendant longtemps l’un des pires fléaux du continent, à savoir l’impunité. Mais les temps changent et les bourreaux ne sont plus à l’abri de poursuites, voire d’un jugement « .

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