Fodé Sylla se livre

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Fodé Sylla est un personnage hors norme : par son parcours, par ses références, par ses engagements, il constitue un paradoxe vivant, et l’exemple de ce que la France et l’Afrique, ensemble, peuvent engendrer de meilleur : des hommes loyaux, concernés par les problèmes de leurs contemporains, et engagés pour les résoudre. Son parcours est à la fois singulier et exemplaire.

Dans un livre captivant, « L’Enfant noir de la République« , Fodé Sylla a choisi de se livrer, non par orgueil, mais par devoir : le devoir de dire aujourd’hui, dans la société africaine dont il est originaire et dans la société française où il a choisi de se réaliser, tout ce que son destin comporte d’exemplaire. Résultat : un livre sensible et intelligent, un regard sans angélisme mais aussi sans haine. Dire les choses permet de dépasser les oppositions stériles ou vaines.

Sénégal natal

De la naissance à Thiès et de l’enfance à Tambacounda, aux confins du Sénégal et du Mali, Fodé Sylla tire ses racines, une profonde imprégnation dans cette famille et cette société sénégalaise où il a vu le jour, où il appris des valeurs, acquis quelques certitudes, noué des affections que ni la distance géographique, ni aujourd’hui la pudeur de l’autobiographe, ne parviennent à diminuer.

Mais son destin se joue ensuite, à son arrivée en France, à Sablé-sur-Sarthe, ville qui fut la première de France à se doter d’un maire noir, antillais en l’occurrence, Raphaël Elizé, résistant au surplus, arrêté en 1943 par les Allemands et déporté à Buchenwald, dont il ne revint pas. Il est des précédents qui marquent, et le jeune Sénégalais qui débarque pour vivre à Sablé s’y sent immédiatement chez lui.

La permanence de l’engagement

La suite est plus ou moins connue, faite d’engagements successifs marqués par des préoccupations sociales très tôt vécues… Comme celui qui voit Fodé militer à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne, lui qui ne cesse pas d’être musulman, et que ses camarades admettent pourtant sans sourciller, en respectant sa différence. Jusqu’au mlitantisme étudiant, et à SOS Racisme, qu’il dirige de 1992 à 1999.

Toujours cette conviction, tranquille, qu’il a quelque chose à faire pour son pays, la France, quelque chose qui se situe à la frontière du politique et du social, et qui se traduit par des actes collectifs destinés à faire évoluer les mentalités et les comportements, vers plus d’ouverture, vers plus de tolérance, vers plus d’égalité. Fodé Sylla est une « force qui va », et dont la conviction emporte tout sur son passage, forçant l’adhésion. A cette force qui lui est propre, il doit une liberté suprême, celle de ne pas être sectaire, de ne pas préjuger des hommes et d’observer leurs actes pour s’en faire une idée.

D’où les passages inattendus où il livre ce qu’il pense de Charles Pasqua, de Jacques Chirac ou de François Fillon… Autre enfant, et désormais élu, de Sablé-sur-Sarthe! Fodé Sylla ne simplifie pas les choses ou les personnes, il ne s’arrête pas aux apparences, il juge sur pièces, aux actes.

Homme politique et homme d’action

Et c’est cette volonté qui le conduit, à la fois dans son engagement européen, Député à Strasbourg, élu sur une liste d’ouverture composée par le Parti Communiste français, et dans son insertion plus récente chez AREVA, dans le secteur à la fois des Energies renouvelables et de la représentation des minorités au sein d’un des tout premiers groupes industriels français. Volonté de faire bouger les choses, de donner à la France plus de chances de réussite en s’appuyant sur sa « diversté », de mettre la patrie des Droits de l’Homme à la hauteur des pays voisins en matière d’intégration des immigrés à travers toutes les sphères de la société.

Son credo est sans concession : « Je suis français et musulman, mais aussi noir et français, comme on peut êtr auvergnat et français, breton et français. Chacun de nous a une petite patrie intérieure qui le relie à la nation. Sans l’en séparer car cette histoire particulière se confond, pour le meilleur et pour le pire, avec l’histoire nationale. Elle en est l’une des multiples facettes qu’il importe de connaître si l’on entend exprimer la France dans toute sa foisonnante complexité ».

Toujours savoir être carré

Fodé Sylla ne lâche rien. Sa force, c’est cette manière d’être carré, dans son identité, dans ses convictions, dans ses engagements, dans son action. D’autres peuvent penser différemment de lui, il ne leur en veut pas, il est prêt à dialoguer et à écouter. Mais il n’a pas d’hésitation au moment où il doit choisir, pas d’atermoiement ni de haine non plus : il sait où il doit aller et pour quoi il doit se battre. Et il le fait, en actes, dès qu’il en a l’occasion.

Dans la France de 2012 qui doute parfois de ses valeurs, Fodé Sylla est un roc : lui ne doute pas des valeurs de la France, il les a fait siennes, elles parlent en lui. Et elles ne contredisent jamais les valeurs sénégalaises qui l’ont bercé, parce qu’elle mettent la préoccupation d’autrui au-dessus de tout, et la volonté de travailler, collectivement, à tout ce qui renforce un pays, contre tout ce qui l’affaiblit. « L’enfant noir de la République » est clairement un de ses meilleurs fils.

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