Faux bruits de bottes à Banjul

Lundi matin, un vent de panique a soufflé sur Banjul. Des rumeurs de coup d’Etat ont effrayé la population, paralysant une partie des commerces, notamment autour du grand marché. Une situation qui révèle la crise économique touchant le pays.

Banjul, capitale de la rumeur. C’est du moins ce qu’elle a été pendant deux jours. En effet, lundi matin vers 9h30, un vent de panique a soufflé sur le grand marché de la ville. « On a vu les commerçants fermer boutique, les taxis refuser de travailler et les parents retirer leurs enfants de l’école », expliquait le jour-même The Daily Observer. Pour autant, le journal gambien hésitait toujours sur le pourquoi de cette panique. A l’origine : des rumeurs de coup d’Etat infondées qui ont effrayé la population. Qui est à l’origine de ces rumeurs ? Mystère. Selon le communiqué de l’inspecteur général de la police, ce sont des « Gambiens anti-patriotiques plein de mauvaises intentions ».

Il semblerait qu’une manifestation se préparait aux alentours du marché, rassemblant les mécontents de la hausse des prix de certaines denrées de première nécessité. Pour parer à tout débordement, la police s’est déployée en masse dans les rues. Devant ce dispositif sécuritaire, les habitants du quartier ont vite cru à la thèse du coup d’Etat. Si ces incidents ont un goût de « beaucoup de bruit pour rien », ils révèlent le profond malaise qui touche la société gambienne et trouvent leur source dans les problèmes économiques récurrents que connaît le pays. Dernièrement, la chute du taux du Dalasi et une hausse non autorisée sur certaines denrées alimentaires ont fait monter la pression parmi les Gambiens dont le pouvoir d’achat a été très affecté.

Fossoyeurs de l’économie

Selon le journal sénégalais Sud quotidien, « l’environnement actuel du pays incite à la peur ». « Un petit mouvement incontrôlé peut occasionner une panique générale. (…) La Gambie, largement tributaire du commerce de réexportation, est l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Le secteur de la réexportation est confronté aujourd’hui à d’énormes difficultés. Les devises sont devenues rares et l’environnement social est tendu. » Une situation qui pourraient expliquer les événements du début de semaine.

Après avoir réagi lundi soir à la télévision nationale et avoir dénoncé « les fossoyeurs de l’économie », le Président Yaya Jammeh a annoncé mercredi une série de mesures afin de réguler le marché des changes. Il a ainsi fixé le nouveau taux de change de la monnaie gambienne pour doper l’économie: le billet de 5 000 F CFA s’échange désormais contre 250 dalasi au lieu de 280 ou 300 dalasi précédemment. Vendredi, il avait déjà nommé un nouveau ministre des Finances qui a prêté serment… lundi. Ce jour-là, le calme est revenu en fin d’après-midi, certains commerces réouvrant leurs portes. Mardi, les activités du grand marché ont repris normalement.