Faire face au défi de l’eau pour nourrir l’Afrique

L’Afrique comptera deux milliards d’habitants d’ici 2050. Deux milliards de personnes à qui il faut assurer les besoins en nourriture, en eau et en énergie. L’accroissement de la production agricole pour garantir la sécurité alimentaire s’impose au continent. Pour y parvenir, une maîtrise et une gestion efficace de ses ressources en eau pour l’agriculture et l’énergie seront indispensables. Plusieurs techniques existent et peuvent permettre au continent de relever ce défi. Du 15 au 17 décembre, des dirigeants du continent se sont réunis pour étudier les financements nécessaires à cet effet.

« L’eau pour l’agriculture et l’énergie en Afrique ». Une conférence qui s’est achevée ce mercredi, à Syrte, en Libye, a réuni autour de ce thème, les ministres et hauts fonctionnaires de 53 pays africains. Ils se sont mis d’accord sur l’importance de la maîtrise et de l’utilisation rationnelle des ressources en eau au plan national, régional et continental au profit de l’agriculture et de l’énergie. C’est la seule voie, selon eux, d’assurer la sécurité alimentaire et les besoins sans cesse croissants du continent en énergie.

Pendant trois jours, ils ont étudié un programme de 65 milliards de dollars, retenu par le Fonds des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), et qui présente en détaille les besoins en investissements dans l’irrigation et l’énergie hydro-électrique dans chacun des 53 pays d’Afrique. C’est la première fois que des bilans exhaustifs par pays, portant sur les besoins en investissements à court, moyen et long termes sont établis et adoptés. Selon Luis Silva, directeur du centre de coordination des ressources en eau (CCRE) de la Cedeao [[Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest]], basée au Burkina Faso, l’Afrique doit rattraper dans ces différents domaines. « Les pays riches maîtrisent 70 à 80% de leurs potentiels hydrauliques. En Asie, ce taux est passé de moins de 4% à près de 50% au cours des trente dernières années. En Afrique, il reste encore inférieur à 4% », indique-t-il.

Une gestion concertée des bassins transfrontaliers

Pourtant, les techniques pour la maîtrise des ressources en eau en Afrique existent et se développent de plus en plus. Celles qui sont utilisées dans les pays industrialisés peuvent être adaptées aux pays africains, affirme Jean-François Donvier, directeur de l’office international de l’eau, basé à Paris. Mais selon lui, l’urgence en Afrique, au sud du Sahara, est le renforcement de la gestion coordonnée des bassins transfrontaliers. « Il faut préalablement mettre en place des autorités administrative, juridique…, pour une gestion concertée entre les pays ayant en commun un ou plusieurs cours d’eau ».

Ensuite, devrait suivre le financement de l’installation des infrastructures. Bien qu’en matière de gestion concertée des ressources en eau, des organismes interétatiques sont en train de se mettre en place un peu partout sur le continent, en termes de financements d’infrastructures beaucoup reste à faire. L’Afrique devrait mettre la main à la poche. « Il ne faut pas s’attendre à ce que les partenaires en développement financent à 100% ces investissements », prévient Jean-François Donvier.

La maîtrise de l’eau en Afrique subsaharienne est confrontée à deux principaux problèmes : le stockage et l’acheminement, explique Luis Silva. Les infrastructures à mettre en place sont donc celles qui répondront à ces besoins, à savoir les barrages et les réseaux de distribution. Les infrastructures déjà existantes doivent être restaurées et de nouvelles construites. Les lacs doivent être protégés.

Produire plus avec moins d’eau

Tous les spécialistes s’accordent à dire que l’irrigation sera la clé de la sécurité alimentaire en Afrique car moins de 10% des terres irrigables sont exploitées, selon le CCRE. « Mais avant d’irriguer les terres, affirme Luis Silva, il faut pouvoir stocker l’eau et l’utiliser quand on le veut et où on le souhaite ». Il ajoute que « l’irrigation est d’ailleurs pratiquée dans nombre de pays de la sous région ouest-africaine, mais c’est la technique utilisée qui est inefficace ». En Afrique subsaharienne, la méthode traditionnelle est la plus courante. Or cette technique consistant à acheminer l’eau de sa source vers le point de son utilisation par un canal à ciel ouvert favorise le gaspillage. En raison de l’évaporation et aux fuites dans les canaux, d’une part, et parce qu’elle achemine de l’eau plus qu’il en faut, d’autre part. « Elle est aussi agressive pour le sol et peut provoquer l’érosion », précise Jean-François Donvier.

« Nous devons, estime M. Silva, nous orienter vers des techniques plus économes en eau, telles que les méthodes par aspersion ou le goutte-à-goutte ». Ces pratiques sont plus coûteuses à leur installation, car plus sophistiquées, mais plus efficace. En général, il s’agit de systèmes permettant de pomper l’eau du sous-sol, et de l’acheminer grâce à un tuyau vers la terre à irriguer. Là, elle est restituée sous forme de pluie. L’avantage de ces techniques est qu’elles permettent d’utiliser la quantité d’eau nécessaire aux plantes, et de maintenir la couverture du sol. Selon Luis Silva, ce sont ces technologies qu’il faut privilégier en Afrique. Car le défi pour le continent, souligne-t-il, « c’est de produire beaucoup plus avec moins d’eau ».

En 2050, la population africaine devrait doubler, selon plusieurs projections, pour atteindre deux milliards de personnes. Cette croissance va créer une forte pression sur les besoins alimentaires, en eau et en énergie. Pour faire face à ce challenge, le continent doit multiplier au moins par deux sa production alimentaire, et se résoudre à une gestion rationnelle des ressources en eau. Des ressources naturelles qui ne sont pas illimitées