Fafa Ruffino : « Je veux que mes messages aillent au-delà des frontières »

« Ilé », qui signifie chez-soi, est le premier album de Fafa Ruffino. Agé d’une trentaine d’années, l’artiste originaire du Bénin a donné des concerts dans toute la France et se produira le 13 janvier à la scène de la Bellevilloise, à Paris. Dans cet opus, elle propose des compositions soul, reggae, mandingues…

Toujours dans l’objectif de s’ouvrir au monde, Fafa Ruffino, qui est polyglotte, chante dans plusieurs langues africaines mais aussi en Anglais et français. La jeune artiste aborde des thèmes tels que l’immigration, la polygamie ou les problèmes en Afrique.
Elle fait ses débuts dans la musique à l’âge de 14 ans. Elle gravit peu à peu les échelons puis se fait remarquer par des personnalités renommées, tel que Benson Diakité. Fafa Ruffino a aussi été comédienne dans plusieurs sitcoms célèbres au Bénin, comme Taxi brousse ou le Bisso na bisso, une adaptation de la série Un gars une fille.

Afrik.com : Dans votre album on peut entendre différentes sonorités, Jazz, reggae, soul, c’était important pour vous de marier tous les genres musicaux ?

Fafa Ruffino :
Ce premier album est un carnet de voyage. Il retrace toutes mes influences traditionnelles et modernes. Effectivement on y entend de la soul, du jazz, du reggae, des sonorités mandingues… J’aime mélanger les instruments traditionnels et modernes. Le but est de ne pas rester fermer sur-moi mais de m’ouvrir au monde. D’autant plus que le Jazz et la soul étaient des musiques jouées par d’anciens esclaves originaires d’Afrique.

Afrik.com : Quels sont vos thèmes de prédilections ?

Fafa Ruffino :
Je parle de la polygamie, des enfants maltraités dans les mines en Afrique et aussi de l’immigration. Je pense qu’on ne parlera jamais assez de ces thèmes qui concernent toute l’Afrique. Dans le titre Se laisser aller, je parle de l’immigration, de ceux qui ne sont pas chez eux et qui essayent de trouver le bonheur dans un autre pays. C’est une situation très difficile à vivre. Car lorsqu’on arrive dans un autre pays, on a une désillusion, mais il ne faut pas baisser les bras. Il faut affronter le froid, la neige. Ce n’est facile pour personne, mais il faut assumer son destin. Le message que je veux vraiment faire passer à travers cette chanson, c’est que l’on vienne d’Asie, d’Amérique ou d’Europe, on est tous immigrés. L’immigration ne concerne pas seulement le continent africain. Dans le clip Se laisser aller, on a voulu montrer cet aspect des choses. Il ya des Russes, Asiatique, Français, Africains …

Afrik.com : Qu’est ce qui vous a mené à la musique ?

Fafa Ruffino :
Je suis entrée dans l’univers de la musique par hasard. J’ai deux frères qui sont musiciens, l’un est basiste, l’autre est un juriste qui fait de la batterie pour le loisir. Ma grand-mère originaire du Ghana était également chanteuse. Elle nous apprenait avec mon frère lorsqu’on était plus jeune pleins de chansons. Lorsqu’elle est décédée, mes frères m’ont demandé de reprendre avec eux ses chansons pour lui rendre hommage. J’avais 14 ans. Puis le chef d’orchestre du groupe m’a dit que je chantais bien. Il est venu rendre visite à mon père pour le convaincre de me laisser chanter de temps en temps lors de soirées de gala. Mon père a finit par accepter mais en imposant que je ne chante pas au-delà de minuit. Comme il voyait que je prenais gout à la musique, il m’a dit si tu veux continuer à chanter, tu dois faire partie des cinq premiers de ta classe.

Afrik.com : Avec vos activités musicales, avez-vous réussi à finir vos études ?

Fafa Ruffino :
Je me suis accrochée pour réussir mes études et j’ai décroché un master de droit. Après j’ai travaillé pendant trois ans. Entre-temps, je chantais aussi dans les cabarets. Puis un jour Benson Diakité, qui présentait une émission culturelle sur RFI, est venu voir une représentation dans le cabaret où je me produisais et il m’a dit : Fafa tu es dans les bureaux ou tu chante ? Tu chante super bien ! Il faut quitter les bureaux pour faire sérieusement de la musique. Le frère d’Angélique Kidjo, l’un des plus grands producteurs au Bénin, était aussi du même avis. Ils m’ont tout les deux encouragé à me consacrer entièrement à la musique. Je suis arrivée en France en 2004, où je me suis inscrite à la fac de Saint-Denis. Je me représentais régulièrement sur scène. A paris, j’ai pu faire de belles rencontres. Cheihk Tidiane Seck m’a remarqué et m’a invité à devenir sa choriste. Et d’autres artistes ont peu à peu fait appel à moi. Mes ainés m’ont permis d’avoir beaucoup d’expérience et m’ont donné ma chance.

Afrik.com : Vous avez travaillé avec de multiples artistes de renommés internationales. Parlez-nous de ces collaborations ?

Fafa Ruffino :
J’ai sollicité mes ainés et leur est proposé de participer à la réalisation de cet album. J’ai travaillé avec Hervé Samb, le grand guitariste sénégalais, Manu Dibamgo, Cheik Tidiane Seck, Mory Kanté… Mon frère qui est batiste a arrangé l’album. J’ai appelé toute ma famille musicale. Nous avons passé de très bons moments. J’ai partagé cet album à travers mes concerts. L’objectif est de faire plein concerts pour partager l’album avec le maximum de personne et faire passer mes messages.

Afrik.com : Vous parlez plusieurs langues dans cet album. Il était important pour vous de faire passer vos messages de cette façon ?

Fafa Ruffino :
Je suis toujours dans une logique de métissage et d’ouverture. Chanter en une seule langue, ce serait me fermer à un pays. Or les thèmes que j’aborde concernent tout le monde. Si je veux chanter en lingala, je chanterai en lingala. Ce n’est pas parce que je suis béninoise que je dois chanter uniquement dans les langues du bénin. Je parle sept langues. Ce qui me permet de chanter en yoruba, fon, mina, anglais et français.

Afrik.com : Comment avez-vous appris ces sept langues ?

Fafa Ruffino :
Je n’ai aucun mérite. J’ai eu la chance d’avoir quatre grands parents de pays différents. Et mes parents parlent aussi sept langues. Ma grand-mère paternelle était originaire du Ghana, et ma grand-mère maternelle du Burkina Faso. Et ayant grandit au Bénin, j’au pu apprendre plein de langues du pays. Les débats à la maison avec mes frères étaient très animés car on passait d’une langue à une autre. C’est une richesse. Et il faut s’en servir. A travers cet album, j’essaye de mettre tout cela à profit. Je veux que mes messages aillent au-delà des frontières d’où je viens.

Afrik.com : Quels sont vos projets ? Est ce que vous comptez sortir prochainement un deuxième album?

Fafa Ruffino :
Pour le moment, je me concentre sur les concerts que je dois donner. Il y en a encore beaucoup. Le prochain concert aura lieu le 13 janvier à la Bellevilloise, à 21h. C’est un mini concert de trois quart d’heure. La durée de vie d’un album est deux ans. Il ne faut pas se dire, je prépare un prochain album mais plutôt penser à écrire de nouvelles chansons, et leur laisser le temps de murir. Dans l’album, il y a des chansons que j’ai écrites en 1998, mais que j’ai modifiées au fur à mesure, en fonction de l’évolution de mes sentiments. Chaque chose en son temps.