Eyadéma s’offre une nouvelle constitution

Le Parlement togolais a voté lundi la révision de l’article 59 de sa Constitution permettant au président Etienne Gnassingbé Eyadéma de se représenter aux prochaines élections. Avec 35 passés à la tête du pouvoir, Eyadéma est le chef d’état africain en exercice qui fait preuve de la plus grande longévité.

Le Parlement togolais, dont la majorité est acquise au chef de l’état Etienne Gnassingbé Eyadéma, a modifié lundi l’article 59 de la Constitution qui interdisait au président de solliciter plus de deux mandats. Eyadéma qui en vertu de cet article était inéligible pourra désormais se représenter et conforter son record de 35 années de pouvoir.

Une modification acquise d’avance

 » Les populations n’ont pas manqué de nous répéter (…) que le temps est enfin venu de trouver une issue constitutionnelle aux problèmes qui minent notre société « , avait déclaré le président du Parlement, Fambaré Natchaba, pour expliquer la future modification constitutionnelle. Celui-ci visait les  » manifestations orchestrées par le pouvoir et le parti du président, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), au cours desquelles les citoyens imploraient Eyadéma de rester au pouvoir « , selon le Togolais.com.

L’article 59 de la Constitution togolaise prévoyait que le président était élu  » pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois « . Eyadéma a déjà été élu à deux reprises. En toute légitimité, le Parlement à majorité RPT – 72 sièges sur 81 -, élu en octobre 2002 à l’issue d’élections boycottées par l’opposition, a modifié cet article.

35 années de pouvoir

A la tête d’une armée qui l’a toujours soutenu, le général Eyadéma a pris le pouvoir en 1967, quatre ans après le coup d’état qui a coûté la vie au président Sylvanus Olympio. Ce n’est qu’en 1992 qu’il accepte la rédaction d’une constitution par une assemblée non inféodée, puis son acceptation après référendum. Mais les élections qui depuis l’ont porté au pouvoir ont toujours été contestées. A tel point que le déroulement du scrutin présidentiel du 21 juin 1998 a conduit l’Union européenne à suspendre son aide au Togo. Celle-ci étant conditionnée à une reprise du dialogue avec l’opposition.

 » J’ai même proposé au président d’aider financièrement l’opposition afin que des élections consensuelles puissent être organisées. Mais il a tout fait pour que les négociations échouent « , explique l’ex-premier ministre Agbéyomé Kodjo, détracteur du régime depuis sa démission le 26 juin 2002, et pour qui le retour des bailleurs de fonds était primordial. D’après lui, dès cette époque Eyadéma pense à un remaniement de la constitution et ne veut pas prendre le risque d’être minoritaire à l’Assemblée. Agbéyomé Kodjo rappelle que le Parlement a également fait passer l’âge d’éligibilité de 45 à 35 ans. Manoeuvre qui signifierait selon lui qu’Eyadéma envisage d’établir, par l’intermédiaire de son fils âgé de 36 ans, une République héréditaire.