Eyadéma le bienheureux

Gnassingbé Eyadéma. Voilà un président fini, avec qui il est recommandé de ne pas s’afficher, qui rebondit comme un tigre. Le doyen des dirigeants africains, au pouvoir depuis plus de trente ans, Gnassingbé Eyadéma, est devenu incontournable. Du jour au lendemain. Grâce à la crise ivoirienne. Lui, honni en Occident, fui en Afrique, est désormais le nouveau Monsieur Paix en Afrique de l’Ouest. Par un jeu diplomatique intrigant, il surclasse l’infatigable Abdoulaye Wade et lui ravit la vedette en accueillant chez lui rébellion et gouvernement ivoirien. Et ce n’est pas affaire aisée, en regard du dynamisme étourdissant du président sénégalais.

Il y a moins d’une semaine, les observateurs internationaux, tout occupés à scruter les cieux d’Abidjan et de Bouaké, ont oublié de jeter un regard sur les législatives togolaises. Qui ont vu encore une fois, au grand dam des démocrates locaux, le Rassemblent du peuple togolais (RPT), un parti tout acquis à Gnassingbé Eyadéma, acquérir la majorité absolue au Parlement. Et quand les observateurs ont daigné regarder de nouveau vers Lomé c’était – c’est encore le cas – pour suivre les péripéties des négociations entre les représentants du président Laurent Gbagbo et ceux des insurgés militaires.

L’opposition togolaise désespère. Elle, qui a boycotté largement le scrutin, se trouve écartée pour longtemps de la chose politique à Lomé. Et tant que la crise ivoirienne ne trouve pas de solution, la communauté internationale risque fort peu de regarder de nouveau le pays de Gnassingbé Eyadéma. L’opposition togolaise désespère aussi car elle sait pertinemment que le général n’a pas changé, que son apparat démocratique est éphémère. Juste le temps que les législatives soient digérées. Et qu’il redevienne fréquentable. Mais, pour cela, il faut peut-être plus que la crise ivoirienne. Et l’actualité ne peut pas toujours servir les intérêts du président togolais. Ni cacher indéfiniment les tares du régime.