Europe et Maghreb : à la recherche d’une prospérité perdue

Malgré les vocations méditerranéennes de nombreux pays de l’Union Européenne, les pays des rives sud et nord peinent à trouver les modalités d’un partenariat durable. En dépit de la proximité géographique, d’une Histoire commune. Bref, en dépit du bon sens.

Comment inventer un nouveau partenariat entre l’Europe et le Maghreb ? Un partenariat qui ferait table rase des ressentiments nationalistes issus de la période coloniale. Un partenariat qui saurait transcender les politiques communautaires obsédées par une pression démographique sur le Vieux Continent. Dans un tel contexte, ces politiques ne sauraient être menées qu’en fermant les frontières ou en corsetant, au Sud, toute velléité migratoire par des actions de coopération dictées par ce seul impératif.

En refusant toute autre équation, l’Europe réduirait considérablement ses ambitions méridionales. Dans le contexte de globalisation des échanges, l’Afrique du Nord serait obligé de se retourner vers ses seules dimensions africaine et orientale pour survivre. Ainsi, une sorte de carte diplomatique verrait le Maghreb et l’arc latin se tourner le dos, alors que la géographie même les imbrique au sein d’une sphère méditerranéenne à la richesse légendaire.

Noblesse et prospérité provençales

Ce serait oublier que, dans la noblesse provençale du Moyen Age, l’arabe était langue des sciences. Grâce à la médiation des Juifs andalous dont nombre de communautés essaimèrent en Provence et au Languedoc, la région connut au XIIe siècle, un essor technologique et spirituel inattendu que la conservatrice et féodale Europe du Nord aurait été bien en peine de lui apporter. Oublié l’orgueil des universitaires médiévaux de Montpellier, si  » fières de recever professors joseus e arabis « *.

Oubliée encore la prospérité des marchands génois, barcelonais, vénitiens et marseillais fondée sur les échanges avec Ceuta, Nifé (Casablanca), Alger, Tunis, Chypre, Acre, ou l’Occident musulman, sicilien et andalou.

Aujourd’hui, l’Italie, l’Espagne et la France sont les principaux partenaires commerciaux des pays du Maghreb. A eux trois, les pays de l’arc latin concentrent plus de 40% des exportations algériennes et marocaines et presque 50% des exportations de la Tunisie. Reste que le Maghreb est loin –  » en chiffre d’affaires  » – derrière les premiers partenaires des pays de la rive nord. A titre d’exemple : la France l’Allemagne et l’Italie trustent les trois premières places d’exportateurs et d’importateurs de la méridionale Espagne. Loin, loin derrière, les pays du Maghreb qui doivent céder la place à des pays aux vocations fort peu méditerranéennes, comme le Japon ou les USA.

Une zone de libre-échange d’ici 2010

En 1995, un  » pacte euro-méditerranéen  » a été lancé à l’issue de la conférence de Barcelone réunissant les responsable de l’Union européenne et ceux de douze pays tiers de le Méditerranée (Algérie, Chypre, Egypte, Israël, Jordanie, Liban, Malte, Maroc, Syrie, Tunisie, Turquie, Autonomie Palestinienne).

Outre ses volets politiques et culturels, le principal intérêt du pacte réside dans la mise en place d’un projet de zone de libre-échange d’ici 2010. Elle pose le cadre de relations bilatérales entre Bruxelles et les pays mentionnés et vise à un renforcement des actions multilatérales entre les nations méditerranéennes membres de l’Union et leurs homologues de la Grande bleue. Mais pour nombre d’analystes, l’objectif d’une vaste zone de prospérité partagée suppose un véritable décollage des pays concernés dont la croissance devrait atteindre 8 à 9% par an.

Un tel pari n’est pas gagné. La dette extérieure des pays partenaires de l’Union ronge 20 à 60% des recettes d’exportation. Faute de systèmes productifs locaux dynamiques et variés, de monnaies stables relayées par des systèmes bancaires puissants et d’investissements importants, les revenus réels des pays de la rive Sud sont 7 à 8 fois plus faibles que celui de la moyenne des pays membres de l’UE.

Or les questions de paix et de stabilité régionale sont déterminantes pour décider les bailleurs de fonds. C’est le message que tentera de faire passer le président Jacques Chirac lors du quatrième sommet des membres du pacte de Barcelone qui aura lieu à Marseille, du 13 au 14 novembre. L’objectif du gouvernement français est de convaincre les ministres des affaires étrangères présents à adopter une charte sur la paix et la stabilité dans la région. Le succès de l’initiative dépendra sans nul doute des résultats des négociations au Moyen-Orient.

*En langue occitane.

Traduction française :  » Fiers de recevoir les professeurs juifs et arabes « .