Éthiopie : la correspondante de La Croix expulsée après un reportage au Tigré


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Augustine Passilly Correspondante de La Croix
Augustine Passilly Correspondante de La Croix

La journaliste française Augustine Passilly, correspondante du quotidien La Croix en Éthiopie, a été expulsée du pays le 12 juin 2026, après le retrait de son accréditation officielle. Une mesure que son journal qualifie d’« arbitraire » et d’atteinte à la liberté de la presse, intervenue au retour d’un reportage dans la région instable du Tigré.

Basée à Addis-Abeba, Augustine Passilly couvrait l’actualité éthiopienne pour le quotidien catholique français La Croix depuis septembre 2023. Elle collaborait également avec d’autres médias, dont Mediapart et le journal suisse Le Temps. Son travail de correspondante a pris fin en début de semaine, lorsque les autorités éthiopiennes ont refusé de renouveler son accréditation de presse, la contraignant à quitter le territoire.

Selon La Croix, cette décision est intervenue à son retour d’un reportage mené à Shire, dans la région du Tigré, au nord du pays. Son dernier article publié dans le quotidien y donnait la parole à des habitants opposés à des prélèvements présentés comme liés au financement de l’effort de guerre. Elle avait par ailleurs couvert les récentes élections et les inquiétudes exprimées par l’opposition.

Thomas Hofnung, chef du service international de La Croix, a dénoncé une décision « incompréhensible » et une atteinte à la liberté de la presse. « Elle a été expulsée à partir du moment où on lui a retiré son accréditation », a-t-il déclaré à l’AFP. À ce stade, les autorités éthiopiennes n’ont pas réagi publiquement ni motivé leur décision.

Le Tigré, une région où les combats ont repris

Si la guerre du Tigré s’est officiellement achevée avec l’accord de Pretoria, signé en novembre 2022 au terme d’un conflit qui a fait quelque 600 000 morts, la région demeure l’un des points les plus sensibles du pays. Les questions des crimes de guerre, des déplacements de population, des violences sexuelles et des tensions persistantes entre Addis-Abeba, les autorités tigréennes et l’Érythrée sont au cœur de l’attention internationale.

Surtout, la situation s’est nettement dégradée depuis le début de l’année. En janvier 2026, des affrontements ont opposé les troupes fédérales à des forces tigréennes, faisant environ un millier de victimes? C’était une première depuis la fin de la guerre. Le gouvernement fédéral accuse une faction du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) d’être à l’origine de ces hostilités, avec l’appui de l’Érythrée. Le 10 février 2026, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits humains a appelé les parties à une « désescalade » urgente, tandis que plus d’un million de déplacés attendent toujours de regagner les territoires disputés prévus par les accords de Pretoria.

Une liberté de la presse sous pression

L’expulsion d’Augustine Passilly s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre les autorités éthiopiennes et les médias. Plusieurs organisations internationales estiment que l’espace accordé aux journalistes indépendant s’est réduit ces dernières années, avec des arrestations temporaires, des intimidations et des restrictions administratives régulièrement signalées. Amnesty International a relevé dans ses rapports des cas de détentions arbitraires et de harcèlement visant des professionnels des médias.

La guerre du Tigré a marqué un durcissement du contrôle de l’information sur les questions sécuritaires et militaires. À mesure que la menace d’une reprise du conflit se précise dans le nord du pays, l’accès des médias étrangers à cette zone apparaît de plus en plus verrouillé.

L’expulsion de la journaliste française alimente les critiques des organisations de défense de la liberté de la presse.

Hélène Bailly
Spécialiste de l'actualité d'Afrique Centrale, mais pas uniquement ! Et ne dédaigne pas travailler sur la culture et l'histoire de temps en temps.
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