Epidémie de choléra hors de contrôle en Guinée Bissau

Avec 6 461 cas et 122 décès, l’épidémie de choléra en Guinée-Bissau est hors de contrôle, selon les experts. Le nombre de cas signalés a doublé au cours des trois dernières semaines.

Les 11 divisions sanitaires du pays ont été touchées, y compris les îles Bijagos, un archipel reculé, situé à 60 kilomètres au large de la côte de Bissau, où 158 cas ont été recensés.

« Pour l’instant, bien que des mesures aient été prises pour lutter contre l’épidémie, la situation n’a pas été maîtrisée », a expliqué Daniel Remartinez, coordinateur d’urgence de la branche espagnole de l’organisation non-gouvernementale (ONG) Médecins sans frontières (MSF-S).

Avec plus de 4 500 cas dénombrés, Bissau est la zone la plus touchée, suivie de la région de Biombo, avec 836 cas recensés, de Quinara avec 216 cas, et d’Oio (215).

« Bissau, la capitale, est un formidable croisement à partir duquel l’épidémie peut se propager dans l’ensemble du pays : toute la circulation y passe », a indiqué Sylvana Nzirorera, représentante adjointe du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) à Bissau.

Selon Franck Bouvet, spécialiste régional de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement à l’UNICEF, les organisations internationales ont gaspillé un temps précieux en surestimant la capacité du gouvernement à organiser la lutte contre l’épidémie.

Les équipes d’intervention d’urgence des Nations Unies et du gouvernement, MSF-Espagne, l’ONG française Médecins du Monde et la Croix-Rouge guinéenne tentent aujourd’hui de rattraper le temps perdu.

Capacité zéro

Le choléra est endémique en Guinée-Bissau, où les canalisations d’eau sont quasi inexistantes sur la majeure partie du territoire, la capitale, Bissau, ne disposant que d’une seule canalisation vétuste, à laquelle seul un quart des habitants de la ville ont accès, selon l’UNICEF.

Le gouvernement n’ayant pas consacré de budget au développement des réseaux hydriques, la plupart des habitants creusent leurs propres puits, mal entretenus, selon Mme Nzirorera de l’UNICEF. Or, peu de groupes communautaires organisés sont intervenus pour gérer les puits, les pompes à eau et autres sources, d’après elle.

« A Bissau, en cas d’urgence, il est difficile de savoir à qui s’adresser au sein de la communauté », a-t-elle fait remarquer.

Intervention internationale

MSF-Espagne aide le gouvernement à contrôler l’infection et à traiter les patients atteints dans 17 centres de santé et hôpitaux, à Bissau ainsi que dans les régions de Biombo et d’Oio, limitrophes de la capitale.

Selon M. Remartinez de MSF-S, les personnes atteintes de choléra n’étaient pas correctement isolées des autres patients dans les centres de santé ; MSF-S a donc monté des tentes pour les soigner séparément. Quant à l’UNICEF, il désinfecte actuellement les puits municipaux et autres sources d’eau de la capitale avec de l’eau de Javel ou du chlore, avec l’aide de l’organisation locale Aqua Guinea-Bissau (AGB) et de brigades d’assainissement bénévoles.

Ils n’ont néanmoins pu trouver que moins de la moitié des 3 000 puits, bien cachés, dont on soupçonne l’existence, selon Mme Nzirorera.

Duarte Falcon, responsable de l’information au sein de l’unité publique nationale d’épidémiologie, a déclaré à IRIN que le gouvernement collaborait avec la Croix-Rouge guinéenne et l’UNICEF dans le cadre d’une opération de porte-à-porte destinée à donner aux habitants diverses astuces pour éviter de contracter le choléra.

Pour Mme Nzirorera, les enfants sont « les meilleurs vecteurs des messages [sur l’hygiène publique] auprès des familles », et les dignitaires religieux ont « le charisme et le pouvoir nécessaires pour convaincre leurs fidèles ».

Les prochaines étapes

D’après M. Bouvet, expert de l’eau à l’UNICEF, le gouvernement a peu d’informations à la fois sur la façon dont se propage l’infection et sur sa source.

À ce jour, selon les experts, le gouvernement n’a pas mené d’étude globale nationale, dans le cadre de laquelle il faudrait recueillir et analyser des informations plurirégionales. Le Centre américain de contrôle des maladies devrait fournir le savoir-faire technique nécessaire et mène actuellement cette étude.

« La cause et la propagation du choléra peuvent être attribuées à des déterminants comportementaux, climatiques et socio-économiques et il peut être difficile de déterminer avec exactitude pourquoi, quand et comment la maladie apparaît. Nous savons néanmoins que certains facteurs clés augmentent le risque d’épidémie : des lacunes comportementales en matière d’hygiène, un manque d’eau potable, et des systèmes d’assainissement insuffisants », a expliqué M. Bouvet.

Pour Mme Nzirorera de l’UNICEF, le front de la lutte doit à présent être repoussé au-delà des limites de la capitale afin d’éviter une recrudescence de la maladie dans des régions plus reculées.

La plupart des experts s’accordent à dire que le gouvernement a besoin d’un plan national de lutte contre le choléra à long terme. En attendant, les organisations d’aide d’urgence tentent de couvrir les besoins à court terme.

« Nous allons rester jusqu’à ce que l’épidémie soit maîtrisée. Nous ne savons pas du tout combien de temps cela durera : cela dépend si l’épidémie a atteint son pic ou s’il reste à venir », a indiqué M. Remartinez.