Enquête anticorruption en Algérie : Abdelaziz Bouteflika assure ses arrières

L’enquête anticorruption lancée par le Département du Renseignement et de la Sécurité semble inquiéter au plus haut sommet de l’Etat algérien. La présidence est convaincue que cette enquête vise également à empêcher Abdelaziz Bouteflika de briguer un quatrième mandat.

Le président Abdelaziz Bouteflika surveille de très près l’enquête anticorruption conduite par le Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS). Il y a trois semaines, le dirigeant algérien constitue une cellule spéciale pour suivre l’évolution des dossiers de corruption, notamment de l’enquête sur le scandale Sonatrach 2. Celle-ci est composée de six membres, dont deux spécialistes des enquêtes à la retraite, d’experts en droit et d’un ancien attaché militaire dans un pays musulman. D’après une source du journal électronique TSA, « cette cellule a été créée par le Président pour suivre l’évolution des enquêtes en cours sur la corruption notamment le scandale Sonatrach 2. De hauts responsables et anciens hauts cadres de l’Etat sont impliqués dans ces scandales. Le Président veut s’assurer que ces enquêtes sont menées dans le cadre de la loi et que toutes les personnes impliquées, quel que soit leur rang, soient sanctionnées d’une façon exemplaire ».

Seulement voilà, cette cellule spéciale qui s’est finalement lancée dans une contre-enquête a débouché sur une conclusion qui sonne le glas d’un président affaibli. L’enquête menée par le DRS viserait à empêcher Abdelaziz Bouteflika de briguer un quatrième mandat. Info ou intox ? Lorsque l’on sait que le DRS a des relations plus qu’étroites avec la présidence.

Un mini-remaniement en vue ?

L’insatisfaction du président de la République algérienne à propos du travail de la justice sur la gestion des dossiers de corruption, pris en main par le DRS, pourrait ouvrir le champ à un léger remaniement ministériel. En ligne de mire, le ministre de la Justice Mohamed Charfi.

A l’enterrement de l’ancien président du Haut Comité d’Etat (HCE), Ali Kafi, Abdelaziz Bouteflika a fait une entorse au protocole loin d’être passée inaperçue. Le chef d’état-major, Abdelkader Bensalah, a été placé en deuxième position après le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah. Le président de l’APN, habituellement placé en deuxième position, a été à cette occasion en troisième position. Un placement qui suscite l’interrogation lorsque l’on sait qu’habituellement le chef d’état-major n’est jamais placé avant le président de l’APN. La presse algérienne s’interroge. Est-ce une manière pour Abdelaziz Bouteflika d’affirmer que « l’armée est avec lui » ? Ou bien que « Gaïd Salah est le mieux placé pour occuper le futur poste de ministre de la Défense, prévu dans la nouvelle Constitution » ? « Ou peut-être les deux à la fois ».

Mohammed Charfi prochainement remplacé par Gaïd Salah ? D’autres ministres pourraient être concernés par ce [probable] remaniement préélectoral. Abdelaziz Bouteflika tente de trouver une issue à la crise qui secoue l’ancien parti unique pour faire passer le projet de révision de la Constitution. Mais aussi et surtout afin de préparer l’échéance de 2014.

Même si l’enquête du DRS pourrait ne pas ennuyer Bouteflika dans l’hypothèse où il ne briguera pas un quatrième mandat en raison de son état de santé, elle pourrait être une barrière pour tenter de placer l’un de ses poulains. Parallèlement, cette enquête pourrait au contraire l’embêter s’il décide, malgré son état de fatigue, de se présenter une quatrième fois à l’élection présidentielle. Après tout, en 2009 Abdelaziz Bouteflika, déjà très affaibli, a brigué un troisième mandat. Pourquoi pas un quatrième ?