Enlèvements en série au Nigeria

Plus d’une douzaine d’expatriés ont été pris en otage jeudi matin près d’une centrale électrique à Afam, aux environs de Port Harcourt, au sud du Nigeria, par des militants séparatistes présumés de la région du Delta du Niger. A quelques dizaines de kilomètres de là, dans l’Etat de Bayelsa, des inconnus armés ont également fait des otages sur une plate-forme pétrolière exploitée par le groupe Agip/ENI.

Huit Philippins et trois Sud-Coréens de Daewoo Engineering and Construction ont été enlevés à l’aube par un commando armé sur le chantier d’une centrale électrique près de Port Harcourt, la grande ville pétrolière du Nigeria, selon le ministère sud-coréen des Affaires étrangères. Les assaillants, arrivés à bord de deux minibus, auraient attaqué la grille d’enceinte de la centrale à la dynamite avant de capturer plusieurs de ses occupants. Parmi les personnes kidnappées, figurent Chung Tae-young, un directeur général au sein du groupe Daewoo en déplacement au Nigeria, ainsi que deux hauts cadres de la firme dans le pays, a précisé une porte-parole de la firme à l’AFP. Un officier de haut rang du commandement de Police de l’Etat de Rivers a déclaré à Panapress, sous le sceau de l’anonymat, que les hommes armés ont tué un nombre non précisé de policiers.

Cette opération marque manifestement une reprise des enlèvements dans la région pétrolifère. A Bayelsa, un Etat situé à environ 90 km de Port-Harcourt, la Police affirme que des inconnus armés ont, au cours d’une attaque audacieuse, envahi une plate-forme pétrolière exploitée par le groupe Agip/ENI. Selon ENI, 85 personnes, dont 22 expatriés de plusieurs nationalités se trouvaient à bord au moment de l’agression par le commando, qui est reparti avec au moins 5 otages. Les nationalités de ces derniers restent à déterminer. En outre, un Néerlandais a été enlevé mercredi soir dans un bar de la ville de Warri, dans l’Etat de Rivers. Aucun groupe n’a jusqu’ici revendiqué les derniers enlèvements perpétrés dans les Etats de Bayelsa et de Rivers. Mais le Mouvement pour l’émancipation du Delta du Niger (MEND), la première organisation séparatiste de la région, est fortement suspecté.

Une volonté déclarée d’embarasser les autorités

La dernière vague d’enlèvements a commencé mardi, quand le MEND a kidnappé six travailleurs originaires d’Italie, de Croatie et des Etats-Unis d’une installation de la firme Chevron à Bayelsa. Il a déclaré que ces kidnappings visaient à montrer son opposition à l’élection contestée du gouverneur de Katsina (nord), Umaru Yar’Adua, en tant que président de la République, et du gouverneur de Bayelsa, Goodluck Jonathan, comme vice-président. Le groupe a également promis de faire plus de prises d’otages pour embarrasser le gouvernement fédéral sortant, qui doit se retirer le 29 mai 2007. L’un de ses portes-parole a promis, dans un couriel, de libérer les otages sans condition.

La région du delta du Niger, d’où le pays tire 95% de ses rentrées en devises, est depuis début 2006 le théâtre de nombreuses attaques contre les compagnies pétrolières et leurs employés. Les groupes armés qui les mènent les justifient par leur volonté qu’il y ait une meilleure redistribution des richesses. Ces troubles ont engendré, en 2006, une réduction du quart de la production quotidienne du Nigeria, sixième exportateur mondial de pétrole.

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