Enfants enchaînés et manifestations devant le Palais : Sénégal, une justice à deux vitesses ?

Le Président du Sénégal, Macky Sall

Au Sénégal, alors que le marabout tortionnaire qui avait enchainé des enfants de même que ses complices sont libres comme le vent, un professeur, des étudiants et un activiste, qui avaient manifesté devant les grilles du Palais sont jetés en prison.

Le Sénégal aurait-elle une justice à deux vitesses ? La question mérite d’être posée. Le marabout de Coki, Cheikhouna Guèyre, ce tortionnaire, qui, en complicité avec des collègues et des parents, avait enchaîné des enfants, dont certains avaient moins de cinq ans d’âge, pris en flagrant délit et interpellé par la gendarmerie nationale, a été relaxé en même temps que ses acolytes, après son jugement intervenu cinq jours plus tard. Alors que la tension autour de cette affaire n’est pas encore retombée, voilà qu’une autre affaire d’interpellations secoue la République, au point de compromettre l’année académique. Puisqu’elle semble avoir été traitée autrement par les autorités sénégalaises.

Il s’agit en effet de l’arrestation musclée du Dr Babacar Diop, professeur à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, de l’activiste Guy Marius Sagna, et d’étudiants. Tous croupissent en prison depuis bientôt deux semaines. Que leur reproche-t-on ? Ils sont en effet poursuivis pour avoir manifesté devant les grilles du palais présidentiel, pour dénoncer la hausse du prix de l’électricité. Ces arrestations, jugées arbitraires, ont déclenché une colère, dans les universités du Sénégal et même chez les populations, de tout cœur avec ces marcheurs qui dénonçaient ce qu’ils appelaient un « scandale ». Après la journée de grève des professeurs du supérieur, lundi, les étudiants ont pris le relais pour réclamer la libération de tous les prévenus et dire leur indignation.

Le gouvernement de Macky Sall, au moment de l’acquisition de plusieurs mégawatts d’électricité, aux moyens de plaques solaires et d’éoliennes, était attendu sur une baisse des tarifs de l’électricité. Contre toute attente, voilà qu’une hausse de la denrée précieuse et jugée déjà chère, est opérée. Ce qui a déclenché une colère des populations, occasionnant cette manifestation devant les grilles du palais présidentiel. Au moment où de véritables criminels, pris en flagrant délit de maltraitance d’enfants, hument l’air de la liberté suite à un sursis de deux ans, voilà que des citoyens, qui ont usé de leur droit de manifester que leur confère la Constitution sénégalaise, sont jetés en prison.

Suffisant pour se demander si la justice de ce pays d’Afrique de l’Ouest ne fonctionne pas à plusieurs vitesses. Les prévenus sont poursuivis « pour participation à une manifestation interdite ». Guy Marius Sagna est par ailleurs poursuivi pour rébellion, provocation à un attroupement et actions diverses.