Elom 20ce : « Avec Asrafobawu, le kenté des rois Ashanti voyage à travers le monde! »

A partir de demain et jusqu’au 16 décembre 2018, l’évènement cee pop-up store créatif AfricaMontmartre accueillera la marque Asrafobawu, lors de sa 4e édition parisienne intitulée « Galactxmas ». Ce pop-up store créatif lancé par Antonya David-Prince se veut un lieu de rencontres des meilleurs créations africaines et de la diaspora, en plein cœur de Paris. Pour Afrik.com, le rappeur Elom 20ce nous parle de sa marque qui met en avant les tissus typiquement africains tels que le bogolan, le kenté ou encore l’indigo. Rencontre.

Afrik.com : Vous lancez une marque de vêtements nommé Asrafobawu, pourtant vous dites ne pas faire de la mode. Que voulez-vous dire?

Elom 20ce : Je suis très heureux de participer à l’évènement AfricaMontmartre mais oui, pour moi, ce n’est pas de simples vêtements fashion ! La mode est tendance et éphémère et si tel est le cas, je ne m’y reconnais pas car je suis venu pour durer avec Asrafobawu. A travers les vêtements, ce sont comme des milliers de personnes qui distilleront notre art et notre culture. Notre culture vaut le détour et il faut que cela se sache.

Afrik.com : Le bogolan peut-il toucher plein de monde, alors qu’il s’agit d’un tissu assez cher, donc que l’on pourrait taxer d’élitiste ?

Elom 20ce : C’est accessible à tous en réalité car si les personnes veulent bien se l’admettre, elles se saignent pour porter du Giorgio Armani ou se faire beau lors des soirées, des baptêmes ou des mariages. On veut porter la dernière robe ou veste tendance, les chaussures qui vont avec car ces personnes estiment qu’elles ont une très grande valeur et cela a bien sur un coût ! Et d’ailleurs, chacun chez soi, a une ou deux tenues précieuses que l’on converse jalousement pour les grandes occasions, pourquoi cela ne serait-il pas un vêtement en tissu africain ?

Afrik.com : Qu’est ce qui vous motive à vous lancer ce nouveau défi créatif ?

Elom 20ce : Asrafobawu est un outil au service de la paix. Les supports peuvent varier mais ce qui compte c’est le message qu’ils véhiculent. Quand je fais porter un beau masque Kikuyu à une mannequin Kalinji ou encore un masque Kanaga à un Peuhl, il se passe forcément quelques chose, parce qu’il parait que ce sont des ethnies qui ne peuvent pas se sentir. Au Togo, on semble nous faire croire qu’il existe des problèmes entre Kabyé et Ewé, donc quand tu prends un attribut de l’un pour le faire porter et adopter par l’autre, tu dissous cette distance qu’on invente et alimente de toute pièce. Ce qui m’intéresse aussi dans ce nouveau projet Asrafobawu c’est de pouvoir faire en sorte que le kenté que les rois Ashanti portaient à l’époque (et portent toujours) puissent aujourd’hui voyager pour atterrir sur les épaules d’un jeune américain aux Etats-Unis, sous une autre forme, style manteau capuche, peut-être descendant de ces rois, qui sait… C’est ma manière d’adapter notre culture à notre époque.

Afrik.com : Afrik.com : Afrik.com : Bogolan, Kenté, Indigo… Quelles sont les histoires derrière les tissus que vous mettez en avant ?

Elom 20ce : Quand tu prends le Hoodie par exemple il y en a un qui s’appelle « efio » qui signifie « roi », fait de tissu, noir, blanc et doré. A l’époque, les premiers kenté étaient fait uniquement de tissu blanc et noir et réservés à la famille royale, et la légende raconte que c’est l’araignée qui a appris aux chasseurs à tisser! Nous avons un autre kenté plus jaune nommé « donkoussou » qui signifie « soleil ». J’essaye de connaitre la signification des pagnes pour savoir ce que je peux en faire et aussi le nom que je pourrai donner à mes créations. Quand l’ancien président du Ghana Kwamé Nkrumah était allé aux Nations Unies en 1963 et qu’il prononça son célèbre discours « Unis nous résistons » (We Must Unite Now or Perish),  il s’est drapé d’un kenté que les rois portaient. Il doit en existait ici aussi au Togo, et j’aimerais en savoir davantage et documenter cela plus tard. On doit recenser notre histoire !

Afrik.com : C’est important pour vous de pousser les gens à la recherche ?

Elom 20ce : Je ne veux pas m’ériger en donneur de leçons. Mais il est vrai que le peuple africain ne connait pas son histoire donc ne s’aime pas parce que nous avons été amputé de nos langues, de notre culture, de notre histoire, nous sommes des acculturés. Lorsqu’on te coupe un membre tu auras du mal à aimer ton corps, c’est ce qui nous est arrivé dans un certain sens. Comment on sort grandi de cette blessure ? C’est le travail qu’il nous faut faire. Nous devons restaurer l’estime que nous avons de nous-même pour mieux nous respecter et se faire respecter.

Afrik.com : Asrafobawu, la marque des reines et rois mais où en voyez-vous encore des reines et rois en Afrique ?

Ils sont partout, nous sommes tous des reines et des rois à notre manière. Et ils existent encore partout ici nos Togbui, à Togoville, Notsè, Aného etc… Et qui peut tester le swag d’un roi ashanti qui porte de l’or jusque sur ses chevilles ? Pourtant ils ne font pas de la mode, ils sont simplement eux. Je suis l’un d’eux et Asrafobawu sort de mon palais, qui n’est rien d’autre que mon palais, ma tête dans laquelle j’imagine et je crée. Pour moi, un roi il a une attitude, une manière de réfléchir, un agenda… le roi est de détenteur de la souveraineté mais beaucoup l’ont oublié.

Afrik.com : Vous souhaitez toucher le cœur des gens avec Asrafobawu ?

Elom 20ce : Parfaitement ! Avant, je tentais de toucher le cœur des gens en passant par leurs oreilles. L’art oratoire. Aujourd’hui je veux toucher les gens à travers ce qu’ils voient et ce qu’ils portent sur leur corps ! Ma prochaine étape c’est Asrafociné ou je ne sais pas encore comment cela va s’appeler… Et d’ailleurs je le fais déjà dans mes clips. Les clips comme « Dead Man Walking » ou « Comme un poison dans l’eau » sont déjà comme des mini-œuvres cinématographiques !

Afrik.com : Votre marque Asrafobawu on le retrouve dans nombreux de vos clips et depuis longtemps, c’est tout un univers finalement ?

Elom 20ce : C’est vrai et je veux l’assumer aujourd’hui. Lorsque je monte sur scène je ne me dévoile souvent qu’après quelques minutes mais j’entre sous un tissu indigo ou bogolan. Cela surprend souvent les spectateurs. C’est ma marque de fabrique. Et j’ai toujours une tenue en kenté pour chacun de mes musiciens car je souhaite mettre en valeur cet art africain depuis longtemps. Je créé des univers que j’expose au monde, après ça parle ou non aux autres… on n’est pas obligé d’être d’accord sur tout ! A la base, je le fais pour moi, je prends mon pied à le faire surtout parce que je le fais avec amour. Donc c’est forcément communicatif.

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