Egypte : un acteur plongé dans le dur quotidien d’une femme

Waleed Hammad est un jeune acteur d’origine égyptienne. Grisé par les histoires que ses sœurs et amies lui racontent, il décide de se glisser, l’espace de quelques heures, dans la peau d’une femme pour les besoins d’un reportage de la chaîne privée égyptienne ONTV.

Pour les besoins d’un reportage sur les agressions sexuelles en Egypte, Waleed Hammad, jeune acteur égyptien de 24 ans, se prête au jeu et prend l’apparence d’une femme. L’objectif de l’expérience, casser les préjugés réservés aux femmes, et mettre le doigt sur la difficulté pour les jeunes égyptiennes d’être tranquilles dans les rues du pays. L’acteur s’est senti investi de cette mission suite aux nombreux témoignages délivrés par les femmes de son entourage.
Pour une immersion des plus crédibles, il se livre à une métamorphose complète.

À l’aide d’artifices, l’homme disparaît peu à peu sous l’épais maquillage qu’on lui assigne. Habillé, coiffé, et paré comme une femme, le jeune acteur décide de se promener dans les rues du Caire, pour mettre des images sur les paroles harcelantes que reçoivent les femmes égyptiennes au quotidien. Lors de sa balade dans les rues de la capitale d’Egypte, Waleed alors grimé n’a cessé d’entendre des paroles offensantes où le respect n’avait en aucun cas sa place.
Le jeune homme était loin de s’imaginer la violence des paroles auxquelles il allait être confronté. Les hommes pour certains n’hésitent pas à violer la sphère de l’intime des femmes.

Il rapporte lors de l’interview du documentaire, qu’il n’a rien entendu de plus que ce que les femmes de son entourage ne lui avaient déjà rapporté. Il indique qu’il ne faisait rien de plus que de marcher et s’est pourtant au cours de cette action, qu’il s’est vu assailli de toutes parts. Masqué par toutes sortes de subterfuges, comme une fausse discussion téléphonique, les suggestions licencieuses fusent. Propositions indécentes, propos déplacés, tout ceci n’est que le triste reflet d’une société où la femme à une image peu valorisée.

Un démenti à la hauteur des préjugés

Le documentaire a été l’antithèse du mythe véhiculé en Egypte. Les femmes provoquent par leurs tenues indécentes et ne récoltent que ce qu’elles sèment. Ainsi, Waleed a renouvelé l’expérience, cette fois-ci les cheveux couverts.

Voilé, il déambule dans les rues, et les réactions ne se font pas attendre. Pourchassé en voiture, invité à l’hôtel, rien ne change. Waleed confie lors de l’interview destiné au documentaire : « C’est une question de domination, pas de sexe. Plus la femme est voilée, plus grand est le défi. Cela excite les hommes ».

« Tu voulais être dans la peau d’une femme, voir ce que cela faisait ? », questionne la journaliste. « Peu importe ce que l’on fait, quand on est une femme on ne fait qu’être dérangée », rapporte le jeune homme. Il ajoute également, que bien qu’il n’ait rien fait de provocateur, il se sentait observé de toutes parts.
Le jeune homme conclura par une phrase délivrant un grand message de soutien : « Je vous comprends, je suis aussi le fils d’une femme. »

Un problème sociétal

Bien qu’étant la première du genre, cette expérience, met en images ce qui a longtemps été mis sous silence. Les femmes s’enferment dans un mutisme, résultat de leurs hontes. Avoir honte d’être une femme dans les rues d’Égypte.

Les Femmes du bus 678, est un film mettant en scène les agressions quotidiennes auxquelles font face les femmes égyptiennes. Mohamed Diab, lève le voile, par son film sur les pratiques inacceptables de certains hommes. Cependant, le plus gros fléau reste sans solution directe. Les mentalités doivent changer, pour laisser à la femme égyptienne la chance de disposée d’elle-même et ceci en toute impunité.

Ce mal-être national a longtemps été occulté, mais de plus en plus des témoignages se font entendre depuis la révolution arabe. La révolution a aussi été l’occasion de réunir, hommes et femmes pour la même cause, brisant ainsi les codes sexistes qui avaient si longtemps rythmé le pays. De nombreuses journalistes étrangères témoignent également de la violence faite aux femmes en ayant été victimes, telle que Sonia Dridi.

Le climat instable de l’Egypte se voit propice à de trop nombreux débordements. Les agressions sexuelles sont en forte exacerbation.
Près d’une vingtaine de femmes venues fêter le deuxième anniversaire de la révolution ont étés agressées sexuellement début 2013. L’embarras des associations des droits de l’homme n’est que grandissant face à de tels actes. Une loi est actuellement examinée, visant à condamner lourdement les propos machistes ainsi que le harcèlement sexuel.

Cependant, le plus gros fléau reste sans solution directe. Les mentalités doivent changer, pour laisser à la femme égyptienne la chance de disposer d’elle-même et ceci en toute impunité.