Egypte sous Sissi : après Morsi un dirigeant des Frères musulmans meurt en détention

Le Président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi

En Egypte, un responsable des Frères musulmans, est mort jeudi 13 août dans la prison de Tora, où il purgeait une peine à perpétuité. Ce décès survient un peu plus d’un an après la mort en détention de l’ancien Président démocratiquement élu, Mohamed Morsi, qui avait été destitué par l’actuel chef d’Etat Abdel fattah al-Sissi.

L’information a été donnée par l’avocat de la victime Abdel Moneim Abdel Maksoud. « Les autorités m’ont informé du décès de Issam al-Eriane et ont prévenu sa famille afin d’organiser la restitution du corps (…). Il s’agit d’une mort naturelle », a indiqué Me Abdel Maksoud à l’AFP. Pour sa part, une source révèle que le détenu est mort d’une « crise cardiaque dans sa cellule après une altercation avec un autre chef de la confrérie ».

Agé de 66 ans, Issam al-Eriane avait été arrêté en 2013 après la destitution du Président démocratiquement élu, Mohamed Morsi. Le défunt était poursuivi pour des « faits d’espionnage au profit d’organisations étrangères ». Le régime de Sissi lui reprochait en outre de « collaboration avec des groupes armés terroristes », dont le Hamas palestinien.

Ancien député et vice-président du parti Liberté et Justice des frères musulmans, Issam al-Eriane, selon son avocat, avait été condamné au total à l’équivalent de 150 années de prison, en même temps que des dizaines d’autres dignitaires des Frères musulmans. Ce décès survient un peu plus d’un an après celui de Mohamed Morsi.

Mohamed Morsi, la mort de trop sous le régime de Sissi

L’ancien Président d’Egypte, Mohamed Morsi, alors en détention

Ancien Président d’Egypte, Mohamed Morsi avait été destitué un an après son élection, en juillet 2013, par l’armée dirigée à l’époque par l’actuel chef de l’Etat, Abdel Fattah al-Sissi. Il a été condamné à la prison à vie avoir dirigé une « organisation illégale » et a été reconnu coupable d’avoir « subtilisé des documents secrets concernant la sécurité de l’Etat ». il est mort en prison.

Après la destitution de Morsi, le nouveau pouvoir militaire a lancé une répression contre ses partisans et d’autres dissidents. Les Frères musulmans et l’opposition égyptienne en général, font l’objet, depuis 2014, d’une répression sans pareil par le pouvoir du Président Abdel Fattah al-Sissi. Des organisations de défense des droits de l’Homme sont d’avis que près de 60 000 détenus politiques croupissent dans les prisons égyptiennes.

C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’un rapport, rendu public le vendredi 8 novembre 2019, par des experts indépendants de l’ONU, accablait le pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi. Selon ces experts, la mort de l’ancien Président égyptien pourrait s’apparenter à un « assassinat arbitraire sanctionné par l’Etat ». Dans ce rapport, les experts ont recommandé la publication d’une enquête impartiale sur tous les prisonniers morts dans des prisons en Egypte depuis 2012.

Les experts du groupe de travail de l’ONU sur les détentions arbitraires avaient fait savoir que l’ex-chef de l’Etat Mohamed Morsi, le premier qui fut démocratiquement élu en Egypte avant d’être brutalement destitué, en 2013, par Abdel Fattah al-Sissi, « était détenu dans des conditions qui ne peuvent être décrites que comme étant brutales, notamment pendant sa détention durant cinq ans dans le centre pénitentiaire de Tora ».

Dans un communiqué rapporté par l’AFP à cette époque, les experts avaient révélé que Mohamed Morsi, qui a passé près de six ans en prison à l’isolement, a été privé de soins « pour son diabète et son hypertension » alors que « les autorités étaient prévenues d’une manière répétée » de la détérioration de son état de santé, une dégradation qui a fini par « le tuer ». Et un peu plus d’un an après ce décès, un autre dignitaire des Frères musulmans, est aussi mort en détention.