Egypte : le référendum sur la constitution vivement critiqué

L’adoption des amendements de la constitution égyptienne par référendum, le 26 mars, a provoqué l’inquiétude de plusieurs organisations des droits de l’Homme. D’aucunes craignent que les modifications apportées ne portent un coup au pluralisme politique.

Le référendum du 26 mars sur la constitution égyptienne est vivement dénoncé par certains observateurs, le jugeant entaché d’irrégularités. Le taux de participation, officiellement de 27,1%, serait en fait plus proche de 20% et même de 5%, selon les sources. Quant au plébiscite des 34 amendements, que les Egyptiens auraient accepté à 75,9%, il ne serait aucunement représentatif du vote des électeurs.

Nombreuses irrégularités

Un traducteur du Centre Hicham Moubarak pour les droits de l’homme qui a collecté des informations concernant le déroulement du référendum raconte : « De midi à 16 heures, le gouvernement a essayé de mettre la pression pour remplir le vide de la première phase : celle du vote. Des hauts-parleurs appelaient les gens à voter et on menaçait d’amende ceux qui ne le faisaient pas. Par ailleurs, le gouvernement et des compagnies amenaient par bus leurs employés pour qu’ils votent. Ensuite, de 16h-17h jusqu’à la fin de la journée, le gouvernement a commencé le processus de truquage : des observateurs ont été empêchés de rentrer ou expulsés de la salle parce qu’ils refusaient de laisser faire la fraude ».

A noter aussi que des bannières appelant à voter en faveur du texte étaient accrochées dans certains bureaux et l’utilisation de bulletins contrefaits. Les juges, qui ont pour charge de surveiller les principaux bureaux de vote, auraient reçu des instructions leur interdisant de se déplacer. Excédée par les fraudes, l’organisation professionnelle des juges a pris la décision de boycotter les scrutins à venir.

« Plus de représentants au parlement »

L’opposition, qui a boycotté le vote, plusieurs ONG de défense des droits de l’homme et les Etats-Unis, pourtant proches de l’Egypte, estiment que le scrutin porte un coup aux avancées démocratiques. A cause des irrégularités, mais aussi du contenu de certains amendements. Un amendement stipule que les juges ne seront plus autorisés à superviser les élections et un autre interdit la formation d’un parti sur une base religieuse. Le parti des Frères musulmans, interdit mais toléré, est directement visé par cette mesure, alors qu’il détient un cinquième des sièges du parlement.

D’après Sabry Saki, le traducteur du Centre Hicham Moubarak, tout cela fait partie d’une stratégie de mise à l’écart des opposants politiques. « Le gouvernement ne veut pas que le processus soit contrôlé parce qu’il veut remporter tous les gains politiques, mettre hors-jeu tous les autres partis politiques légaux ou non pour que le fils [du président] Moubarak puisse lui succéder », commente-t-il.

Selon lui, le référendum promet un futur peu engageant pour le pays miné où quelque 25% de la population souffrent du chômage. « Puisque les juges ne seront plus là pour surveiller les scrutins, on peut s’attendre au truquage du vote, surtout pendant les élections parlementaires, poursuit Sabry Saki. Alors, les gens pauvres n’auront aucun représentant au parlement. Et quand ils ne sont pas représentés, que leurs pensées ne sont pas relayées devant le parlement, ils entrent en conflit social, il y a des affrontements. Or, certains appellent ce genre de manifestations du terrorisme. Des gens seront donc arrêtés en vertu de l’amendement sur le terrorisme. Cela risque d’être l’anarchie dans les rues ».