Egypte : la transition démocratique en péril

A la veille du second tour de l’élection présidentielle, l’Égypte doit faire face à une transition démocratique qui s’annonce complexe à la suite de la décision de la Haute cour constitutionnelle de dissoudre le Parlement et de maintenir la candidature d’Ahmed Chafiq.

La transition vers la démocratie en Egypte est en péril. La justice égyptienne a maintenu, ce jeudi, la candidature contestée sur le plan légal du dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, Ahmed Chafiq. En effet, la Haute cour constitutionnelle a décidé d’invalider une loi interdisant aux anciens piliers du régime de l’ex président Hosni Moubarak de se présenter aux élections.

Par ailleurs, la Haute cour constitutionnelle égyptienne a décidé d’invalider un tiers des sièges de l’assemblée du peuple, ce qui entraîne la dissolution du Parlement et invalide les récentes élections législatives. La veille, le ministre de la Justice, Adel Abdelhamid avait donné le droit à la police et aux services de renseignement militaires d’arrêter des civils jusqu’à l’adoption de la nouvelle Constitution. Cette série de décisions crée un sentiment de colère, d’incompréhension la veille du deuxième tour de la présidentielle et a moins de deux semaines de la date butoir fixée par les militaires pour rendre le pouvoir aux civils et ainsi retourner dans leur caserne.

Vers un renforcement du pouvoir de l’armée ?

Le Parlement a été dissous. Qui va endosser le pouvoir législatif ? Des sources militaires ont annoncé, ce jeudi que l’armée pourrait assurer ce rôle jusqu’à l’élection d’une nouvelle Assemblée. La dissolution de l’Assemblée pourrait en effet permettre au Conseil suprême des forces armées (CFSA) de reprendre à son compte le pouvoir législatif, comme ce fut le cas entre la chute de Moubarak en janvier 2011 et la première session du nouveau Parlement un an plus tard. Aucune date n’a été arrêtée en vue de l’élection d’une nouvelle Assemblée.

Selon le collectif de partis de gauche laïques et libéraux : « Toutes ces mesures démontrent que le CSFA est déterminé à reproduire l’ancien régime et que la présidentielle n’est qu’une mauvaise comédie visant à permettre au CSFA de renforcer son emprise sur les rouages de l’Etat et de les mettre au service du candidat de l’ancien régime, Ahmed Chafiq ». Par ailleurs en accédant au pouvoir législatif, les militaires du CFSA disposeront du droit de dissoudre et de former une nouvelle commission pour élaborer une nouvelle Constitution.

Révolte de la population

Aboul Fotouh, candidat malheureux à la présidentielle estime que « maintenir le candidat de l’armée et renverser le Parlement élu est un véritable coup d’État, et quiconque pense que des millions de jeunes vont laisser ce coup d’État se produire se leurre ». Dès l’annonce de la décision de justice, des affrontements ont éclaté devant le bâtiment de la Haute cour constitutionnelle. Devant le siège de la Haute cour, des manifestants ont scandé « A bas le régime militaire ». Des pierres ont été lancées en direction des forces de l’ordre.

En début de soirée hier, la place Tahrir était calme et aucun appel n’avait été lancé, ni par les principaux mouvements révolutionnaires, ni par les Frères musulmans. Mais il est très probable que la colère des Egyptiens s’exprime aujourd’hui, le vendredi étant traditionnellement le jour des manifestations. Ahmed, un révolutionnaire s’exclame : « Les militaires sont fous, on ne peut pas se laisser faire, ça voudrait dire qu’on a fait cette révolution pour rien ». Une grande manifestation est prévue ce vendredi 15 juin place Tahrir au Caire.

À Washington, la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton a martelé qu’il « ne peut y avoir de retour en arrière » dans le processus démocratique égyptien. Elle a déclaré ce jeudi que les Etats-Unis attendaient des généraux égyptiens qu’ils remettent comme prévu la totalité de leurs pouvoirs à un gouvernement civil démocratiquement élu.

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