Egypte : la poésie dangereuse

Le journal égyptien Al-Masri Al-Yom a relayé cette semaine une demande de grâce à l’attention du président Hosni Moubarak, écrite par Hanna Saïd. Ce dernier réclame la libération de son grand frère, Mounir Saïd Hanna Marzouk, un fonctionnaire condamné à trois ans de prison pour avoir écrit un poème qui offenserait le chef d’Etat.

Ecrire de la poésie peut s’avérer fort dangereux en Egypte. Le frère de Mounir Saïd Hanna Marzouk, un fonctionnaire condamné à une peine de prison de trois ans pour avoir insulté le président Hosni Moubarak dans un poème, a envoyé une lettre au chef d’Etat demandant une grâce pour le poète amateur. Le journal égyptien Al-Masri Al-Yom a fait mention du courrier cette semaine et une source judiciaire a confirmé, mardi, l’information à la presse. Jusqu’à présent, l’affaire n’avait pas été médiatisée et le poète incriminé était inconnu du public.

Trois ans de prison pour un poème

Mounir Saïd Hanna Marzouk écrivait des poèmes satiriques pour ses amis et ses collègues, en espérant que ses vers soient un jour mis en musique. Il nie avoir voulu offenser le président dans ses textes, et prétend avoir seulement voulu aborder des thèmes de la vie quotidienne dans son pays. Un de ses collègues a jugé l’une de ses créations « insultante » pour le président de la République et l’a dénoncé aux autorités qui l’ont arrêté fin mai. En Egypte, la peine pour offense au chef de l’Etat va de 24 heures à trois ans d’emprisonnement. Le fonctionnaire a été condamné par le tribunal de Maghagha, dans le gouvernorat de Minya (Haute-Egypte), à trois ans de prison ferme fin mai. Les vers mis en cause ne sont pas disponibles sur internet.

L’organisation Arabic network for human rights dénonce la condamnation de Mounir Saïd Hanna Marzouk et menace de faire appel, car le poète amateur a été jugé sans avocat. D’après Magdi Abdelhadi, un journaliste de la BBC spécialiste du monde arabe, cette affaire interroge : pourquoi un poète inconnu est arrêté et condamné, alors que des poèmes satiriques égratignant le président sont largement disponibles, notamment sur internet, et que leurs auteurs renommés ne sont pas inquiétés par la justice ?