Egypte : l’opposant El Baradei appelé à remplacer Morsi

L’opposant Mohamed El Baradei a été désigné ce mardi par l’opposition à remplacer Mohamed Morsi, pour assurer la transition politique. Cela fait suite au refus du chef d’Etat égyptien qui a rejeté l’ultimatum de 48 heures que l’armée lui a adressé. Les Frères musulmans, dont est issu le Président, ont appelé leurs militants à empêcher un coup d’Etat, quitte à être des « martyrs ».

Mohamed El Baradei, l’homme de la situation ? L’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a été désigné, par le « Front du 30 juin » qui rassemble les plus importants partis et mouvements d’opposition, pour remplacer le Président Morsi afin d’assurer la transition politique. Dans un communiqué rendu public ce mardi, le « Front du 30 juin » a indiqué que Mohamed El Baradei serait sa « voix. Le Front « confie à M. El Baradei la responsabilité d’assurer l’exécution des revendications du peuple égyptien et de préparer un scénario visant à réaliser la feuille de route de l’opposition pour une transition politique ».

Mohammed El Baradei, prix Nobel de la paix en 2005 pour son travail au sein de l’AIEA, a été particulièrement actif lors du soulèvement contre le régime de Hosni Moubarak. Après avoir passé de nombreuses années à l’international, il est revenu en 2010 dans son pays d’origine pour militer dans l’opposition, se positionnant comme une des figures de proue de la mouvance laïque et libérale, qui réclame actuellement le départ de Mohamed Morsi et l’organisation d’une présidentielle anticipée.

L’opposition égyptienne, qui rejette le dialogue proposé par le pouvoir, a adressé lundi un ultimatum à Mohamed Morsi pour rendre le pouvoir au plus tard ce mardi soir. Le mouvement Tamarrod qui (signifie rébellion en arabe), à l’initiative des manifestations qui ont rassemblé plusieurs millions de personnes, a été particulièrement virulent à l’encontre du chef d’Etat. L’armée lui a également donné lundi un ultimatum de 48 heures pour répondre aux revendications du peuple et gérer la situation.

Impasse

Même s’il est de plus en plus conspué, le Président égyptien n’est toutefois pas totalement isolé dans le pays. Il dispose encore de soutiens. Mohamed al-Beltagui, un responsable des Frères musulmans, dont est issu le dirigeant Morsi, a appelé ses militants ce mardi après-midi à empêcher un coup d’Etat militaire après l’ultimatum fixé par l’armée, quitte à mourir en « martyr ». « Chercher le martyr pour empêcher un coup d’Etat est ce que nous pouvons offrir aux précédents martyrs de la révolution », a-t-il déclaré.

La situation politique du pays va de mal en pis. Cinq ministres dont celui des Affaires étrangères et du Tourisme ont présenté leur démission. Idem pour les porte-paroles de la présidence et du gouvernement. Face à la situation le Président américain Barack Obama a contacté le Président égyptien, lui faisant part de ses inquiétudes, l’incitant à répondre aux revendications du peuple. Le secrétaire général de l’Onu Ban Ki-moon a également exprimé son inquiétude face aux agressions sexuelles contre les femmes sur la place Tahrir lors des manifestations. « J’espère vraiment que tout en trouvant une réponse pacifique à la crise actuelle, ils (les Égyptiens) puissent accorder plus d’attention aux manifestantes, puisque nous avons vu de nombreux cas d’agressions sexuelles au cours des manifestations », a-t-il déclaré.

Pour tenter de désamorcer la crise, le Président Morsi a rencontré ce mardi après-midi le chef d’état major de l’armée égyptienne, a annoncé la Présidence, sans donner plus de détails sur l’entretien entre les deux responsables. Le pouvoir a appelé l’opposition au dialogue. Mais cette dernière fait toujours la sourde oreille, estimant que le chef d’Etat égyptien n’est plus « légitime ». Une situation qui montre que l’Egypte est loin d’être tirée d’affaire. Chaque partie campe sur sa position pour ne pas perdre la face. Un jeu de dupe, mais jusqu’à quand ?