Egypte : coup d’Etat populaire et militaire


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Le Président Mohamed Morsi ne pouvait plus tenir face à la pression de la rue, la situation allait devenir ingouvernable, la crise politique allait accentuer la crise économique et nul n’aurait su dire où les millions de manifestants pouvaient finir leur marche… L’Egypte connaît cette situation inédite d’un Coup d’Etat militaire qui est en même temps populaire.

Les livres d’histoire se souviendront de cet été 2013, où le peuple égyptien par une mobilisation sans précédent dans l’histoire, se débarrasse d’un pouvoir islamiste qui avait pourtant été démocratiquement établi, par le vote de ce même peuple, et qui s’était installé avec la bénédiction impériale des Etats Unis d’Amérique.

Mais même la bénédiction américaine ne lui a pas permis de conserver la légitimité populaire où s’enracinait son pouvoir. Querelle de légitimités : bien sûr, la constitution est violée par le Coup d’Etat auquel l’armée égyptienne s’est prêtée. Mais dès lors que plus de dix millions d’Egyptiens sont dans la rue pour réclamer le départ du Président, la prise en compte de cette consultation populaire spontanée n’est-elle pas plus importante que le respect de la stricte légitimité constitutionnelle ?

Le peuple est souverain. Il est la racine du pouvoir démocratique, qui n’est que l’incarnation de sa volonté. Les Constitutions sont une formalisation de l’expression de cette volonté, elles lui donnent des cadres et des outils. Mais l’Egypte ne pouvait pas attendre les échéances électorales constitutionnelles, dès lors qu’une année à peine après son arrivée les effets de la politique de Morsi étaient aussi profondément et largement rejetés.

La responsabilité de l’armée était d’incarner la volonté populaire de changement, en évitant qu’elle s’emporte en violence civile. On pourra commenter longuement les formes retenues et les effets qu’aura cette décision, on ne pourra pas nier que le général Abdel Fattah al-Sissi a fait un choix courageux et nécessaire en annonçant au monde que le président Mohamed Morsi était remplacé à la tête de l’Etat par le président de la Cour constitutionnelle et que l’Egypte allait être dirigée par un gouvernement d’experts et qu’une commission serait chargée de réviser la constitution.

La situation économique et sociale de l’Egypte est telle que l’armée égyptienne redoutait de sauter le pas du Coup d’Etat. Elle ne réclame d’ailleurs pas le pouvoir pour elle même, mais souhaite organiser très vite des élections pour accélérer l’alternance démocratique. Comme cela a déjà été le cas plusieurs fois au cours de son histoire millénaire, l’Egypte vient de connaître un emballement politique d’un nouveau genre. La différence fondamentale, c’est que le Coup d’Etat n’est pas ici le résultat de l’action d’une faction ou d’un groupe de militaires. C’est l’expression par l’armée, et presque à son corps défendant, de la volonté du peuple. C’est un Coup d’Etat démocratique…

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