
Six ans après « Honey For Wounds », la chanteuse britanno-nigériane Ego Ella May revient avec un deuxième album ambitieux, mêlant jazz, neo-soul et alt-soul. « Good Intentions », disponible depuis le 20 mars 2026 chez Believe UK, confirme l’une des voix les plus singulières de la scène soul britannique.
Ego Ella, un prénom en forme de programme
Derrière le pseudonyme Ego Ella May se cache Nicole May, née en 1992 à Croydon, dans la banlieue sud de Londres, de parents nigérians. Son prénom de scène est un double hommage : « Ego », prononcé « eh-go », vient de la culture igbo de sa famille et « Ella » rend hommage à Ella Fitzgerald, idôle familiale et inspiration première. « C’était tellement nouveau et fascinant pour moi que c’est devenu une sorte d’obsession », a-t-elle confié au sujet de la grande dame du jazz. Autodidacte, elle apprend seule la guitare à 19 ans, s’initie à la production et sort dès 2014 un premier EP, « Breathing Underwater », qui retient l’attention de la presse spécialisée : Vice la décrit alors comme « le futur son de la neo-soul ».
En 2018, son titre « Table for One » intègre la sélection des morceaux les plus remarquables du New York Times, avant d’apparaître dans la bande originale de la série « Sex Education ». Mais c’est son premier véritable album, « Honey For Wounds » (2020), qui la propulse sur le devant de la scène : MOBO Award du Best Jazz Act la même année, Jazz FM Award de la Best Vocalist en 2021. Le Guardian la consacre comme l’une des « stars de la renaissance de la soul britannique ».
« Good Intentions », un album né de l’intégrité plutôt que de l’urgence
Six ans de maturation séparent les deux albums. Une éternité à l’heure du streaming. Mais Ego Ella May n’a rien d’une artiste en retrait : entre-temps, elle a publié la trilogie d’EPs « Fieldnotes », collaboré avec le trompettiste Theo Croker, la chanteuse Ari Lennox ou encore Kojey Radical, et s’est produite au Festival International de Jazz de Montréal. En janvier 2026, elle affiche complet au mythique Ronnie Scott’s de Londres.
Ce deuxième album, elle l’a voulu comme un geste délibéré. La date de sortie, ce 20 mars, jour de l’équinoxe de printemps, n’est pas un hasard : « J’ai choisi l’équinoxe pour symboliser un renouveau naturel, cette énergie fraîche après les réflexions de l’hiver », explique-t-elle. Et d’ajouter : « Cet album s’appelle “Good Intentions” parce que c’est exactement comme ça qu’il a été fait. Avec un cœur pur, sans précipitation. »
Douze titres entre douceur et engagement
Entièrement co-produit par l’artiste aux côtés d’Alfa Mist, Melo Zed, LVTHER, Beat Butcha, TAVE, Tom Excell et Wu-Lu, « Good Intentions » déploie en douze morceaux et 49 minutes une palette sonore remarquablement riche. Les textures jazz chaleureuses côtoient des explorations alt-soul, des effluves d’afrobeat et des arrangements sophistiqués où dominent piano et guitare.
L’album s’ouvre avec « Hold On » avant de dérouler une succession de climats contrastés : « Footwork », avec sa trompette sourdine et ses arrangements scintillants, installe une élégance feutrée. « What You Waiting For », porté par un groove broken beat, est selon l’artiste un hymne à la présence et à la confiance en soi. « What We Do », co-produit avec Wu-Lu, évoque le manque amoureux sur un ton léger, tandis que « Pot Luck Baby » mêle cordes et rythmes afrobeat.
Le versant plus intime de l’album se révèle avec « Tarot », où la voix se fait plus fragile sur un écrin de cordes délicates, et « Don’t Take My Lover Away » ou « Love Is A Heavy Thing », qui explorent la vulnérabilité amoureuse avec franchise. Quant à « We’re Not Free », le morceau s’inscrit dans la lignée des grandes fresques soul engagées de Marvin Gaye et porte un message universel. L’album se referme avec « Back To Sea », un titre dépouillé à la guitare acoustique qui met à nu la beauté brute de sa voix.
L’écriture comme prolongement de soi
Chez Ego Ella May, le songwriting compte autant que la voix. Chaque morceau fonctionne comme le prolongement d’une conversation avec elle-même, nourrie par ses lectures – Chimamanda Ngozi Adichie, Chinua Achebe, Ayòbámì Adébáyò, Patti Smith, Joan Didion – et par les échanges avec ses proches. L’album explore les thèmes de la communauté, de la libération, de la vulnérabilité et de la beauté compliquée du quotidien.
Ce qui frappe dans « Good Intentions », c’est cette capacité à conjuguer engagement et douceur : les textes sont parfois frontaux, mais la musique conserve une retenue élégante. Nommée dans la catégorie Best Jazz Act aux MOBO Awards 2025, Ego Ella May confirme avec ce deuxième album qu’elle est l’une des artistes les plus complètes de sa génération, héritière revendiquée d’Ella Fitzgerald mais résolument ancrée dans son époque.
Pour célébrer la sortie de l’album, l’artiste donne une série de concerts acoustiques intimes dans les magasins Rough Trade au Royaume-Uni : Londres le 20 mars, puis Nottingham et Liverpool les 24 et 25 mars.

TRACKLIST
1. Hold On
2. Footwork
3. Good Intentions
4. Don’t Take My Lover Away
5. What You Waiting For
6. We’re Not Free
7. Love Is A Heavy Thing
8. Pot Luck Baby
9. Tarot
10. What We Do
11. Sister
12. Back To Sea
Ego Ella May – Good Intentions
Label : Believe UK
Sortie : 20 mars 2026
12 titres – 48 min 46



