Ecoutons les députés francophones !

Du 8 au 10 juillet 2001, l’Assemblée parlementaire de la Francophonie a tenu à Québec sa vingt-septième session ordinaire. Trop méconnue, cette instance accomplit pourtant un travail considérable, d’année en année, pour faire progresser une prise de conscience politique francophone sur les grands problèmes contemporains.

Les sections nationales de chaque pays se rencontrent annuellement pour une session ordinaire, et à l’occasion d’un certain nombre de réunions régionales : elles font vivre un réseau parlementaire francophone dont les initiatives, même peu médiatisées, sont bien souvent suivies par les instances qui représentent l’exécutif de la Francophonie, le Secrétariat Général et l’Agence Internationale.

Quelles furent les résolutions les plus marquantes adoptées au cours de cette vingt-septième session ordinaire de Québec ? Elles sont trop nombreuses pour être toutes reprises. Mais trois d’entre elles suffisent à montrer le niveau d’engagement collectif que représentent ces motions votées par les délégations parlementaires de tous les pays membres : le  » document n°65, qui porte sur  » la liberté de la presse et le pluralisme d’opinions « , le  » document n°73 « , sur  » Les efforts à déployer pour réduire les fossés économiques et du savoir « , et le  » document n°74 « , sur  » la question de la dette dans les pays en voie de développement « .

Liberté de la presse et pluralisme

Du document n°65, il peut ne retenir que quelques phrases :  » L’assemblée parlementaire de la Francophonie condamne les emprisonnements de journalistes ainsi que toutes mesures de fermetures de journaux prononcées au mépris des règles de Démocratie reconnues au sein de l’espace francophone et rappelées dans la Déclaration de Bamako.  » Et :  » recommande aux Chefs d’Etat et de Gouvernement de la Francophonie de faciliter la création ou le développement d’écoles de journalisme en mesure de dispenser un enseignement professionnel de qualité préservant et responsabilisant l’exercice de la liberté d’expression des futurs journalistes « . Il s’agit d’un appui extrêmement net aux Résolutions des Etats Généraux de la Presse Francophone, tenus à Brazzaville du 26 au 28 juin 2001, et dont la déclaration finale mettait également en exergue ces deux thèmes.

Internet : ni juste, ni équitable

Du document 73, il importera de souligner les passages suivants :  » l’Assemblée parlementaire de la Francophonie… prenant acte que la mondialisation économique qui se développe accentue en réalité les fossés économiques et du savoir au sein de chaque pays, et entre les pays développés et ceux en voie de développement, et aggrave le risque d’une marginalisation de ces derniers, encourage tout effort de regroupement de pays, soit par proximité géographique, soit par nécessité économique ou autre, en vue d’un soutien réciproque dans le développement, notamment, dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de la communication, et de faire front commun face aux conséquences négatives de la mondialisation actuelle  »

De cette longue résolution se dégagent en effet deux traits essentiels : la circonspection avec laquelle les parlementaires francophones accueillent un processus de mondialisation qui n’est, pour lors, ni juste ni équitable, et leur volonté de peser pour que les nouvelles technologies de l’information et de la communication contribuent à rééquilibrer ce développement inéquitable, à combler les fossés du savoir et de la richesse, plutôt qu’à les creuser.

Annuler la dette

Enfin du document 74 quelques formules simples méritent d’être extraites :  » L’Assemblée parlementaire de la Francophonie, considérant les conséquences néfastes de la dette sur les économies des pays pauvres et ses répercussions négatives sur la santé et la qualité de vie des peuples concernés, suggère à la conférence des Chefs d’Etat des pays de la Francophonie de prendre rapidement des décisions concrètes visant à l’annulation de la dette des pays en voie de développement « . Pour un document émanant d’une instance internationale diplomatique, le moins que l’on puisse dire est que cette dernière résolution adoptée à Québec ne mâche pas ses mots.

Il est à souhaiter que ces résolutions, toutes du même tonneau, et qui témoignent d’une vitalité et d’une liberté de ton qui tranchent sur l’habituel sabir des diplomaties, bénéficient d’une meilleure médiatisation. Car les parlementaires francophones sont des hommes courageux, qui ne craignent pas de déplaire ou de choquer, qui veulent peser dans le bon sens sur l’évolution du monde, aménager et améliorer la mondialisation, faire partager le bénéfice d’Internet et des nouveaux réseaux numériques, réduire les fossés économiques entre le Nord et le Sud en commençant par transformer la dette en aide.

Soutenir ces résolutions

Médiatisées ou non, ces prises de position solennelles seront-elles suivies d’effet ? Ce fut le cas de plusieurs résolutions de la précédente session, tenue à Yaoundé en juillet 2000 : celle qui réclamait la libération d’Alpha Condé, par exemple, gracié par le président guinéen Lansana Conté. Celle qui réclamait que les dirigeants des pays arrivés au pouvoir par un coup d’Etat ne soient pas invités aux Sommets de la Francophonie a été suivie dans la déclaration finale de Bamako, qui a prévu un processus allant jusqu’à l’exclusion pure et simple des pays où a lieu un coup d’Etat militaire. De même la résolution qui réclamait un renforcement de la lutte contre le virus du Sida en Afrique a partiellement inspiré les récentes décisions de Gênes sur la création d’un Fonds d’aide à la lutte contre les pandémies africaines.

On aurait pu espérer qu’il en aille de même pour les résolutions de Québec concernant la dette ou l’Internet… Mais avaient-elles déjà été diffusées lorsque le G8 se réunissait à Gênes en présence de 5 présidents africains ? Sans doute pas. Il faut donc les faire connaître, et faire connaître l’instance qui les porte ! Pour qu’elles ne restent pas lettre morte.