Echauffourées à la Gare du Nord : le PS dénonce le « climat sarkozien fait de tensions »

Les manifestants qui ont affronté mardi les forces de l’ordre dans une gare parisienne scandaient des slogans anti-Sarkozy. Jean-Louis Borloo, tout juste rallié au candidat de l’UMP aux présidentielles, demande de ne pas confondre « quelques incidents avec les banlieues » alors que Philippe De Villiers, à l’extrême droite, stigmatise « des bandes ethniques (…) résultat de l’immigration incontrôlée ».

Il aura fallu qu’une poignée de personnes jugent trop musclée l’interpellation d’un voyageur non muni de billet de transport par des gendarmes, mardi, à la Gare du Nord, pour qu’une mini émeute éclate. De 16h30 à près d’une heure du matin, entre une dizaine et une centaine de jeunes gens, selon leurs obligations et leur distraction à jouer au chat et à la souris, ont fait face aux forces de l’ordre. La Gare du Nord est la première gare d’Europe pour le trafic de voyageurs, avec son réseau SNCF national et international, ses trains de banlieue et les trois lignes de métro qui y transitent.

Si elle est le lieu de passage d’une grande part de cette catégorie de Français désignés comme « jeunes » par les hommes politiques et les médias, elle est également fortement sécurisée, notamment par les gendarmes déployés dans le cadre du Plan Vigipirate (antiterroriste). C’est d’ailleurs un groupe de gendarmes qui a interpellé le voyageur non muni de billet, après qu’il ait malmené les contrôleurs de la RATP. Selon Jean-François Baroin, qui vient de remplacer Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur, le jeune homme est âgé de 32 ans et serait un multirécidiviste impliqué dans 22 affaires différentes.

L’ancien ministre de l’Outre-Mer estime que « les forces de l’ordre ont accompli un travail remarquable » et il a promis des « suites judiciaires » aux « 13 interpellations ». Il a également appelé les candidats aux présidentielles à « ne pas se transformer en pompiers incendiaires » en tentant de « surfer » sur l’évènement. De la même façon, Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement, tout juste rallié à Nicolas Sarkozy, a demandé de ne pas mélanger « la gare du Nord, quelques incidents, avec les banlieues françaises ».

Sarkozy persiste et signe

Devant les témoignages qui se multiplient et qui font état d’une mauvaise gestion de la situation à la Gare du nord, calme à ses débuts, par les forces de l’ordre, Nicolas Sarkozy a réagi mercredi en indiquant que la police « a fait son travail ». La France est « le seul pays où l’on considère qu’arrêter quelqu’un parce qu’il ne paie pas son billet, ce n’est pas normal », a commenté le candidat UMP aux présidentielles. Pic contre l’opposition, il a estimé que « pendant des années on a laissé faire n’importe quoi ». Une remarque qui visait aussi à se prémunir contre les critiques à l’égard de sa politique au ministère de l’Intérieur et qui n’ont pas tardé.

« Qu’un simple contrôle puisse dégénérer dans un affrontement aussi violent prouve que quelque chose ne va plus », a déclaré Ségolène Royal sur la chaîne privée Canal+. Selon elle, « en cinq ans d’un gouvernement d’une droite qui avait fait de la sécurité son thème de campagne, on voit que c’est l’échec sur toute la ligne ». Julien Dray, l’un de ses portes parole, a déclaré dans un communiqué que les affrontements « illustrent le climat de tension, le fossé et la violence désormais installés entre la police et la population ». Jean-Christophe Cambadélis, député PS de Paris, a même dénoncé le « climat sarkozien fait de tensions, d’exactions, de violence verbale et de stigmatisations ».

Raprochement avec l’interpellation de parents sans-papiers

Pour illustrer ses propos, il a rappelé les récents incidents de la rue Rampal, dans le XIXe arrondissement de Paris, où un grand-père chinois sans-papiers a été arrêté devant la maternelle où il venait chercher son petit-fils. L’interpellation avait provoqué la vive réaction des parents d’élèves et des passants, puis une manifestation, vendredi dernier, après la garde à vue de la directrice de la maternelle qui s’était elle aussi opposée à l’arrestation.

François Bayrou, candidat de l’UDF, a lui aussi déploré que Nicolas Sarkozy ait fait de la police « uniquement une force de répression ». Philippe de Villiers, qui a fait de la stigmatisation des Français et étrangers d’origine musulmane son programme pour les présidentielles, s’est régalé : « Des bandes ethniques sont installées sur notre territoire et considèrent que même la gare du Nord, c’est leur territoire », a-t-il expliqué sur BFM-TV, évoquant également des « barbares ». Pour lui : « Voilà le résultat de l’immigration incontrôlée »…